Les entrepôts d'animaux vivants, prêts pour l'abattage, des Back of the Yards de chicago, en 1947.

La démocratie, de l’enquête publique de John Dewey, au Community Organizing de Saul Alinsky, jusqu’à l’Alliance Citoyenne : comment organiser les communautés populaires ?

La démocratie : comment advient-elle ?

La démocratie naît de la révolte : les démocrates commettent des transgressions parce qu'ils sont privés de l'exercice du pouvoir qui leur permettrait de déployer le statut et les valeurs auxquels eux-mêmes sont attachés. Eux-mêmes, mais aussi beaucoup d'autres, c'est à dire tous ceux qui composent le public. Car le monopole privé du pouvoir entraîne la domination. Qui que ce soit qui l'exerce.

De sorte que deux situations extrêmes peuvent se produire : tantôt le plus grand nombre des individus menacent le gouvernement démocratique par l'ignorance et l'erreur, tantôt ce sont les élites qui tordent l'institution, afin de mieux contrôler les masses populaires, à chaque opportunité qui s'offre à elles, ou bien qu'elles organisent elles-mêmes. La représentation par le vote et par la délégation n'étant qu'une forme déguisée de la règle générale de la domination par les élites.

Entre ces deux dangers, la démocratie peut cependant s'exercer dès lors que, telle une perpétuelle évadée de prison, elle ne cesse d'échapper à l'institution qui menace compulsivement de la saisir et de la contraindre. Précisément, l'enquête du public et l'organisation communautaire sont des procédés non violents, transgressifs, qui re-ouvrent des situations abusivement dominées par les experts ou par les institutions.

La démocratie : de l'enquête locale au pouvoir du public

Psychologue, philosophe et politicien américain social-libéral, John Dewey ne croit pas que la liberté se limite à l'absence de contraintes dans la compétition. C'est la participation à la vie sociale et politique qui fonde la liberté. Plus précisément encore, l'homme libre n'est pas un spectateur-consommateur qui s'assure que les délégués politiques respectent certaines règles du débat. Des règles qui auraient été adoptées un jour, et une fois pour toutes. Seule la résolution collective des problèmes locaux, opérée par le public, au moyen de l'enquête publique effectuée à partir des connaissances locales, peut assurer l'exercice de la liberté.

D'autant plus que, selon Dewey, la société industrielle éloigne le public des sujets cruciaux sur lesquels il n'a pas la main, et sur lesquels ils n'acquiert aucune expérience.

Pourquoi cette condition de l'enquête du public ? Parce qu'on ne peut être libre qu'aussi longtemps qu'on conserve la capacité d'exercer le contrôle des buts auxquels un quelconque pouvoir politique ou une quelconque décision arbitraire vous exposent.

Pourquoi mobiliser l'enquête du public, plutôt que l'expertise ?

Le public, seul, est en capacité de définir le problème qui le concerne et qu'il  veut résoudre. Cette capacité résulte de la connaissance que le public a du problème, localement.

Pourquoi le public connaît-il le problème, et pourquoi cette connaissance doit-elle être locale ? Et pourquoi l'expertise ne suffit-elle pas ?

John Dewey répond à toutes ces questions en 1934, lorsqu'il publie The public and its problems. Première réponse : le public est exposé directement aux conséquences des décisions adoptées. Des conséquences sur l'économie, sur l'éducation et sur la formation. Les experts ne sont pas concernés par ces questions, autrement qu'en qualité de personnes du public.

La seconde raison qui conduit à privilégier l'enquête locale du public, c'est que l'on peut changer d'objectif en cours de route. Aussi bien la définition de la sorte d'avenir que l'on se propose à propos du problème initial, que la façon de poser le problème en lui-même en vue de produire cet avenir, tout cela peut et va changer. Cet avenir peut aussi bien se définir avec le vocabulaire des idées, ou bien avec celui des valeurs. L'expertise ne sait pas faire cela.

La troisième raison, enfin, c'est qu'aucun des choix de mise en œuvre de l'expertise ne devrait provenir de l'expertise elle-même : en démocratie, le choix de l'expertise, le choix de ses sujets et de ses façons de procéder, ces deux choix sont des choix du public.

En pratique, comment faire ?

Pour John Dewey, la question du gouvernement démocratique ne peut pas ignorer la question du pouvoir politique, ni celle de son exercice à l'occasion du travail d'analyse. De sorte que la démocratie est liée à la révolution, tant comme idée, que comme organisation et dispositif.

Or l'institution et l'élite sont viciées à la base, du fait que leur fonction première consiste à créer et à exercer un pouvoir qui se substitue à la délibération et au pouvoir du public. Pour autant, la bureaucratie et la hiérarchie ne sont pas fatalement opposées à la démocratie. Ce sont les oligarques qui s'opposent à la démocratie. Ceux qui pensent à la place des autres. Le public lui-même, enfin, est traversé d'idées antagonistes et de tensions. Ce qui conduit les oligarques à l'écarter pour incompétence, incohérence, confusion.

Dewey propose donc que la délibération à l'intérieur du public révèle à la fois la formulation de l'avenir recherché, le besoin d'expertise, et la définition des conflits réels au sein du public. Une délibération qui met à l'écart les vérités éternelles, les normes qui abusent et qui trompent. Une délibération qui produit aussi de nouvelles règles politiques, en commençant par une nouvelle expertise des affaires politiques et par une nouvelle organisation du pouvoir.

De multiples expériences se sont inspirées du pragmatisme de Dewey. Des initiatives citoyennes ont même réussi à remettre en cause les pratiques des agences fédérales nord américaines : l'Environmental Protection Agency (EPA), le Department of Energy (DOE) et la puissante et secrète Nuclear Regulatory Commission (NRC) ont cédé à la pression du public exercée par les organisations non gouvernementales et par leurs porte parole. Les pratiques de consultation du public avant l'écriture du règlement fédéral ont alors profondément évolué, incluant des réunions publiques et des consultations par internet. Le contrôle des agences fédérales indépendantes a été renforcé : ainsi le Department of Energy (DOE), pris en flagrant délit de pollution délibérée, est désormais contôlé par la Nuclear Regulatory Commission.

Activiste né à Chicago, Alinsky abandonne une thèse de sociologie du gangstérisme de la mafia d'Al Capone, pour fonder le Community Organizing aux États Unis, inspiré de la philosophie politique de John Dewey.

Plus proche des préoccupations locales, le Community Organizing s'est développé à partir des années 1930, dans les quartiers déshérités de Chicago. C'est sous l'influence de l'activiste Saul Alinsky que se met en place le programme Back of the Yards, du nom d'un quartier de la métropole de Chicago. Irlandais, allemands, tchèques, lituaniens, slovaques, polonais, mexicains et noirs américains et africains se succèdent par vagues de migration, accompagnant les mutations industrielles de l'abattage, de la boucherie et de l'emballage des viandes.

Saul Alinsky conçoit le travail communautaire sous la forme d'un cycle répétitif en quatre étapes :

  1. L'organisation,
  2. La demande,
  3. L'action non violente,
  4. La négociation.

Saul Alinsky définit alors des rôles d'organisateurs, de meneurs et de pédagogues. Soutenue par l'existence des puissantes communautés de race, de religion et de profession des États Unis, la pratique de Saul Alinsky ne peut pas être directement transposée à la France. Les expériences menées en France par l'Alliance Citoyenne s'efforcent de tenir compte de ces différences et aussi des échecs rencontrés par Alinsky : la fragmentation, l'enfermement local, l'éloignement des dispositifs de représentation et d'élection.

Ainsi c'est à Grenoble que la "greffe Alinsky" est entrain de prendre. Car les conditions sont identiques au contexte de Chicago il y a soixante dix ans : inégalités croissantes, discriminations, dégradation du service public, abstention et vote d'extrême droite, affaiblissement des partis et des syndicats.

Du quartier Teisseire au quartier Villeneuve, de Saint Martin d'Hères à Aubervilliers et à Genevilliers, les méthodes se mettent au point, les organisateurs se multiplient.

Dans l'entreprise même, les lois Auroux des 4 août, 28 octobre et 23 décembre 1982, assurent aux salariés la liberté syndicale, l'interdiction de toute discrimination, le droit d'expression sur leurs conditions de travail, l'instauration du Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail et, enfin, le droit de retrait face à une situaiton dangereuse. 

Aucune abrogation n'est intervenue contre ces textes que les Insoumis doivent donc utiliser dans les entreprises, avec les organisations syndicales.

Le public reprend la parole.

Ironie de l'histoire : en 1968, en plein "été des fraises et du sang", une certaine Hillary Rodham, étudiante au Wellesley College du Massachussets, achevait sa thèse de philosophie sous la direction de Saul Alinsky. Trois ans plus tard, elle entrait au cabinet d'avocats des Black Panthers. Plus tard, pourtant, elle épousa un certain Bill Clinton.

Vues des abattoirs de Chicago, Back of the Yards, en 1870, 1901 et 1947.

C'est dans ce quartier de Chicago que Saul Alinsky entreprend ses premières expériences de Community Organizing en 1930.

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5987

5987

5987 Insoumis au soir du 11 juin

Dans une circonscription de 240 communes, chaque quartier, chaque commune compte donc en moyenne 25 Insoumis. 25 qui votent.

Mis tous ensemble, ces 5987 Insoumis ne tiennent pas dans la salle des Docks Océane. On s'en souvient des Docks Océane, et du meeting du 18 mars au Havre.

5987 survivants. Ils ont traversé, indemnes, six mois invraisemblables. D'abord les drôles de primaires, avec des urnes à double fond. Puis la campagne des algorithmes et de la Google Car de Macron. Puis celle des costards de Fillon. Suivie de l'habituel truc du front républicain. Pour finir avec le camping-car des MacDo managers et les belles affiches rafraîchies tous les matins. Sous traitance et papier glacé quadrichromie.

Au moins, les  ouvriers imprimeurs ont eu un peu de travail à faire.

Qui sommes-nous ?

Insoumis aujourd'hui, hier nous ne nous connaissions pas. Nous nous sommes croisés, peut-être, un soir lors d'une réunion publique, un matin sur un marché, ou bien pendant la nuit, sur les réseaux sociaux.

Peu importe : il ne s'agit pas de nos personnes.

Peu importe : il ne s'agit pas de nos affaires personnelles.

Il s'agit de ce qui nous appartient, nous dépasse et nous oblige à la fois.

L'Avenir en Commun : pas de doute, nous l'avons choisi, et nous nous y sommes tenus.

Maintenant que nous nous sommes assemblés sur ce vote, que nous avons mesuré notre force, qu'allons-nous faire ?

Première lutte : pour le travail, notre bien commun

Ne parlons pas d'emploi, fini le vocabulaire de la gestion de Hollande. Parler de l'emploi, ça n'est qu'une façon de détourner du sujet.

Nous ne défendons pas le Code de l'emploi, mais le Code du travail. Et c'est bien le travail que Macron attaque violemment. En le réduisant à une monnaie d'èchange sur le plus ultra-réactionnaire-libéral des marchés.

Lorsqu'on est privé de travail, le temps libre devient un temps mort. Le temps tout entier passe à la trappe.

Même la droite n'a pas vu le coup venir. Parce qu'à droite, le travail c'est quand même quelque chose. Ça tient à la personne humaine et à sa place, ici, et à la famille. Tout le monde comprend cela.

Sauf Macron, qui renvoie dos à dos chaque salarié et son patron, ou son DRH. Qui renvoie dos à dos chaque salarié et tous les autre salariés.

Dans la farce tragique du référendum d'entreprise.

Dans les années 80, les consultants canadiens avaient une idée comme ça : on ferait de chacun sa propre petite entreprise personnelle à soi, insérėe dans la grande. Tout le monde de s'enthousiasmer : comment n'y avait-on pas pensé plus tôt !

Trente ans après, avec une petite couche de numérique pour séparer ceux qui sont du côté du manche de ceux qui sont du côté de la pelle, c'est fait.

Presque fait.

Car nous sommes là.

5987.

Les Insoumis et le public, réunis à saint Valery en Caux, dans l’ombre de Paluel

Les Insoumis et le public, réunis à saint Valery en Caux, dans l’ombre de Paluel

La France Insoumise et le Parti Communiste Français

Saint Valery en Caux, à proximité de la centrale de Paluel.

Et à proximité des militants du Parti Communiste Français. Et des syndicalistes de la CGT d'EDF.

Pour leur dernière réunion publique avant le premier tour de l'élection législative, les Insoumis de la dixième circonscription de la Seine maritime se sont soumis au débat de "l'union des forces de progrès". Sans les socialistes, cependant !

Ce qui a pris un peu trop de temps avant de rentrer dans le sujet : le programme l'Avenir en Commun, et son accroche sur le territoire de la circonscription.

Au point de décourager des électeurs qui, précisément, ne s'intéressent plus à ces questions d'appareil qui les ont éloignés des bureaux de vote. Certains, désabusés, ont donc quitté la salle avant que le vrai débat commence. Dommage.

Les méthodes politiques, les programmes, cela fait tout de même beaucoup de choses qui séparent la France Insoumise de la dixième circonscription et les militants communistes ou syndicalistes proches. Sans les séparer au plan humain et dans leurs perceptions de la situation.

Les uns et les autres se retrouveront sur le terrain, chacun avec sa forme d'action politique. Tous contre le seul véritable adversaire : l'ultra-libéralisme, la deuxième droite réformiste, le socialisme à découvert, porté par les MacDo managers de Macron et de son acolyte Richard Ferrand.

Car les armes ne manquent pas : la vigilance, l'action juridique, les réseaux sociaux, tous ces dispositifs qui sont disponibles pour faire avancer la démocratie.

Le travail politique avec les Insoumis

Le protocole est maintenant rôdé : salle ouverte, organisation en cercle, circulation réglée de la parole, écoute et partage.

Un participant attristé par sa perception de la déchéance française et un autre, investi dans des actions de soutien des innovations et de la jeunesse : des hommes d'expérience qui comprennent tous deux, dans leurs différences, le drame qui se déploie.

Une biologiste de l'industrie agro-alimentaire qui stabilise sa vie personnelle et professionnelle dans des activités d'éducation scolaire des jeunes collégiens. Six années d'études loin de chez soi, c'est épuisant et il faut savoir reprendre pied, sur des sources sérieuses. Avant de reprendre l'envol.

Des ingénieurs et des techniciens nucléaires, actifs ou retraités, qui partagent la même vision du désordre et de la décadence qui s'étend dans leur industrie. Et à la centrale de Paluel, en particulier. Perte de sens, sous-traitance envahissante, management autoritaire et détaché des machines et des hommes.

La suite ? La France Insoumise propose d'en sortir d'ici 2050, et pour cela d'afficher un calendrier et de s'y tenir. Et de financer cette transformation comme il convient.

"Je demande la parole"

Anne Lecoq-Cherblanc, candidate, c'est la promesse d'un mandat qui donne la parole.

Porte parole, la candidate ? S'interroge un participant. Pas même. Car cette idée peut nous emmener sur une fausse piste, elle peut nous tromper.

Mais alors comment allons-nous faire par la suite ? Quel que soit le sort des urnes ?

Et bien, ensemble, nous allons écrire des lois, à partir du programme l'Avenir en Commun, parce que la tâche est colossale.

"Je demande la parole" : c'est le très beau film russe de Gleb Panfilov, 1977, qui traite précisément ce sujet. Lisa Ouvarova, mariée à un entraineur de football et mère de deux enfants, devient maire d'une petite ville de province. Son rêve est de construire de nouveaux quartiers d'habitation, loin des usines et de la grisaille urbaine. Elle fait ses premiers pas en tant que députée au Soviet suprême.

Apprentissage de la démocratie, sur un arrière plan de vie familiale et de drame.

Les Insoumis demandent la parole.

Les électeurs aussi, alors qu'ils la prennent les 11 et 18 juin.

Nucléaire : l’apparent, le masqué

Nucléaire : l’apparent, le masqué

Le masqué, la question de la transparence …

Les falsifications d'Areva sont également connues et acceptées par les dirigeants d'EDF. Discrètes. Jusqu'à l'Assemblée Générale des actionnaires du 12 mai 2016. Une réunion publique qui voit le Président Directeur Général Jean Bernard Lévy, et le Directeur Général Dominique Minière, affirmer qu'aucun impératif n'impose l'arrêt des réacteurs incriminés pour effectuer des vérifications. Une attitude que l'autorité de sûreté sanctionne moralement, une fois la vérité établie. Sans conséquence pour les dirigeants responsables.

Le masqué, c'est d'abord un faux-nez du politique …

L'État Français engage le sauvetage financier d'une filière industrielle qui est entrée depuis sept ans dans des pertes opérationnelles chroniques. Moins deux milliards, c'est le montant de la perte de free cash flow opérationnel enregistré chaque année depuis 2009. Sur un marché mondial hésitant, dominé par les États Unis, la Chine et la Russie. Sans que l'on songe à infléchir ni les modes de production, ni le modèle économique des deux entreprises.

Il faut aussi rassurer David Cameron, et l'ami chinois China General Nuclear Power Company : en effet, EDF s'apprête à remettre au Royaume Uni son offre de construction d'une paire de réacteurs EPR, pour la bagatelle de 18 milliards. Prix papier du projet Hinkley Point C.

Complétée des 100 milliards destinés à financer l'extension de l'exploitation des 58 réacteurs du parc et aux 30 milliards de provisions complémentaires pour couvrir les dépenses de démantèlement, grossie des dépassements budgétaires habituels qu'aucun élément nouveau ne vient tempérer, cette fantaisie britannique booste l'engagement total de la garantie de l'État aux environs de 170 milliards. Mais attention, l'État, c'est vous, c'est nous, notre argent.

Cette déjà coquette somme, complétée du train des investissements de maintien de l'ensemble industriel de production, transport et distribution, grimpe à 300 milliards. Le fruit attendu de ce programme – la production d'électricité – couvrant une période de quinze à vingt ans, au plus.

Un héritage financier et environnemental qui se trouve ainsi discrètement transféré de la génération actuelle à la génération qui vient. Car dans quinze ans, tout ce que l'on aura prévu de dépenser aura été dépensé et davantage, mais pas encore remboursé, intérêts et principal. Il faudra pourtant investir à peu près le même montant pour remplacer 58 réacteurs à bout de souffle. Nul n'ayant la moindre idée du financement de cette double peine. Triple peine, si l'on veut bien prendre en compte le coût vraisemblable du démantèlement, et celui du stockage.

Expertise de la Cour des Comptes à l'appui.

L'État investit donc une année de son budget de fonctionnement, sans en dire un mot devant le parlement. En pleine transition énergétique. Alors que les outils législatifs et économiques de la loi péniblement émise par le gouvernement Hollande sont loin d'être en place. Gageons que l'administration nucléophile de Macron, qui n'a prévu que 15 petits milliards d'investissements, ne précipitera pas la transformation.

Le masqué, c'est par ailleurs une affaire d'État, un État qui est bel et bien aux affaires …

Car les mêmes personnages oscillent du nucléaire civil au nucléaire militaire. Et parce que les acteurs de cette mobilité ne sont pas ceux que l'on met aux avant-postes.

C'est le lobby des ingénieurs des Mines qui est à l'origine technologique du programme nucléaire civil Français. Aventure scientifique, industrielle et humaine. Mais c'était en 1974. Un ingénieur était alors … un ingénieur. Fut-il issu du Corps des Mines.

Et le lobby des mineurs ne s'est pas propulsé ainsi dans l'aventure nucléaire, sans les assurances répétées du Général de Gaulle qui ne cessait d'exprimer, depuis son élection en 1961. Vapeur toute en direction de la dissuasion nucléaire et de l'indépendance militaire Française !

Car les parois ne sont pas étanches entre les deux mondes civil et militaire …

Le chaudronnier sous traitant à la centrale de Paluel ignore qu'il participe aussi d'une autre scène. Et il ignore que cette scène est mondiale, car c'est celle de la bataille des performances des arsenaux militaires. Missiles balistiques, sous marins et matières fissiles : l'excellence civile consacre l'hégémonie d'État, qui prend ainsi des jolies couleurs militaires. Pas l'une, sans l'autre.

Et les gros contrats accompagnent tout cela bien vite. Il y a des contrats civils, larges pourvoyeurs de bénéfices politiques trébuchants dont l'inventaire complet reste à faire. Et puis il y a des contrats militaires, qui se passent de commentaires car ils sont déjà scrutés par les magistrats. Dans des procédures complexes, et qui semblent bien longues.

Pourtant, l'étanchéité entre les deux mondes reste parfaite : si l'on agit du côté de la force armée, on y reste, et si l'on agit du côté des exploitations civiles, on y reste aussi. Seuls les personnages les plus gradés de l'État passent de l'un à l'autre : cabinets des ministres, dirigeants des sociétés de conseil, hauts fonctionnaires.

Mais il en est qui s'est saisi de ce sujet au plus haut niveau, pour le compte du président Hollande, c'est Emmanuel Macron. Aux avant postes le sémillant conseiller du Château, tout d'abord pour orchestrer la piteuse braderie d'Alstom à l'américain GE, à peine sorti de la faillitte grâce à un renflouement fédéral de 90 milliards de dollars. Oublié le schéma protecteur de la souveraineté française défendu par Montebourg. Un scandale dénoncé par les Insoumis avant même le lancement de leur mouvement.

C'est lui qui tente et rate une manoeuvre minable en janvier 2016, auprès des autorités finlandaises, en espérant "sortir du bourbier de l'EPR d'Olkiluoto" d'un coup d'avion. Le ministre lui fera savoir qu'il peut rester à l'aéroport d'Helsinki et reprendre l'avion du retour à Paris, car il ne le recevra pas.

C'est lui encore qui mène le ballet du sauvetage de la filière nucléaire, n'hésitant pas à travestir la réalité devant le parlement réuni en commission le 22 mars 2016. Un parlement privé de tout moyen effectif de contrôle et d'action.

C'est lui, enfin, qui déploie le zèle du banquier d'affaires auprès de la City où, d'avril à juillet 2016, il se fait le porte parole du "made in France". Tout en jouant du double registre de sa campagne électorale débutante sur le thème du fric-washing. Non, la France n'est pas l'ennemie de la finance !

Du côté de l'apparent, rien ne va plus …

La belle histoire de la filière nucléaire française s'enraye en effet, pour de bon, le 28 décembre 2009. Ce jour là, les Émirats Arabes Unis annoncent que leur choix est fait pour la construction des quatre réacteurs de la centrale de Barakah. Ce sera la solution coréenne, et non le gigantesque et coûteux EPR d'Atomic Anne. Plus de vingt milliards de recettes qui passent à l'as. Furieux, le petit caporal Claude Guéant, chef de cantine de Sarkozy, par ailleurs collectionneur de tableaux de maitres et receleur des primes destinés aux fonctionnaires dociles ! Rien n'y fait.

Un échec commercial ? Sans doute : l'EPR est inutilement coûteux.

Un échec industriel : les conseillers nord américains des Émirs n'ont eu aucun mal à démystifier l'offre Nespresso que leur avait concoctée Atomic Anne, dans un monde qui ne s'en laisse pas compter.

Un échec géopolitique : ignorer à ce point que, depuis 70 ans, coréens et nord américains s'entendent avec toute la péninsule arabique pour construire les infrastructures ultramodernes dont les rois du pétrole rêvent, c'est un faux pas impardonnable pour les administrations Sarkozy et Hollande. Qui ne comprennent toujours rien de ce qui leur est arrivé.

Glissade donc.

Dans les retards et les procès en Finlande.

Dans les dérapages et les mensonges à Flamanville et à Taishan.

Cela ne serait que perte sèche si, au même moment, la performance des 58 réacteurs français ne connaissait les pires dégringolades de son histoire. Dix points d'efficacité en dessous des exploitants mondiaux. C'est à dire l'équivalent de la production de 6 réacteurs manquant à l'appel. Une accumulation invraisemblable de fautes de sûreté.

Invraisemblable ?

Explications : la généralisation du MacDo management et l'excès de sous-traitance en cascade dans l'industrie la plus complexe qui soit, ça finit par user les bonnes volontés. À la corde. On y est.

Que faire ?

Le programme l'Avenir en Commun répond au problème posé.

Le nucléaire ? Il faut en sortir.

Comment ? Tranquillement, par la planification écologique et énergétique.

Adopter un calendrier, le financer. Une fois, pas deux fois comme les administrations Sarkozy, Hollande et maintenant Macron s'y emploient, pour d'obscures raisons. Et s'y tenir.

S'y tenir pour protéger les 58 réacteurs et les 400000 salariés de l'incertitude politique et économique qui pèse.

S'y tenir pour adapter les savoir, les territoires et les économies au nouveau monde de l'énergie.

Un monde dans lequel EDF feint de rentrer.

En marche arrière.

Donald Trump est le visage de notre idiotie collective

Donald Trump est le visage de notre idiotie collective

Impopulaire Donald Trump ?

Oui, mais dans son propre électorat, sa cote reste forte, 85% en moyenne, et les Républicains ont la majorité au Congrès, à la Chambre des Représentants et au Sénat.

Pour le journaliste et militant Chris Hedges, nous refusons de voir l'effondrement qui vient.

Car Donal Trump n'est pas la maladie, il est le symptôme.

Le populisme n'est vraiment pas à l'endroit où les médias le désignent.

Le blog "là-bas s'y j'y suis" traduit son article publié sur la page Truthdig "Le règne des idiots", qui évoque le film de Mike Judge Idiocracy (2006).

Au secours !

Affichage électoral des cantons de Tôtes et de Bacqueville-en-Caux : une expérience politique

Affichage électoral des cantons de Tôtes et de Bacqueville-en-Caux : une expérience politique

Répondre à l'urgence écologique

Les Insoumis de la dixième circonscription de la Seine Maritime ont collé les affiches électorales des 250 bureaux de vote des cantons. Lundi de Pentecôte. Sauf le canton de Saint Saëns qui sera fait ce mardi 6 juin. Consulter la carte, choisir les routes, rechercher les églises, afin de retrouver les mairies qui ne sont jamais bien loin d'elles. Découvrir à nouveau, et aimer.

Afficher est un plaisir.

Mais c'est aussi un moment politique.

Parceque traverser les paysages, c'est dresser un inventaire succinct des dégâts sur notre environnement. Cette époque de l'année permet de prendre conscience que les cultures intensives envahissent les plateaux, à perte de vue. Comprendre aussi que les traitements chimiques ravagent : aucun coquelicot, aucun bleuet ne vient colorer le blé levé, pas même les rives et les talus. La culture, du coup, semble terne, grise.

La France Insoumise fait des propositions dans son programme politique national l'Avenir enCommun. Les agriculteurs sont les victimes de ce qui se passe. Bon nombre d’entre eux s’endettent, connaissent la précarité et cessent leur métier. Certains sont si dévastés qu’il y a trois fois plus de suicides chez les eux que dans le reste de la population. De nombreux jeunes renoncent à s'installer du fait de la difficulté d’accéder au foncier, du montant des investissements nécessaires, des perspectives incertaines de revenu et de l’absence de soutien public.

Nous assistons à une situation absurde de "paysans sans terres" sur notre territoire, alors que le chômage atteint des records.

Pour une agriculture écologique et paysanne

Trois cents agriculteurs du département de la Seine Maritime se disent prêts à renouer avec une autre façon de travailler.

Soumis au libre échange, spécialisés à outrance, embarqués dans une fuite en avant angoissante par le gigantisme, envahis et menacés par les pesticides, ils espèrent que les conditions de leur reconversion vont se réunir à nouveau. Sinon, ils laisseront tomber la terre, et ils essaieront de se salarier.

La Fédération Nationale des SAFER observe que les grandes sociétés d'exploitation ont doublé leur emprise depuis dix ans, passant de 6% à 12% des surfaces françaises. Les SCEA et les SA spéculent sur la stagnation et sur la baisse des prix, avant qu'une reprise leur permette des bénéfices importants.

Cette situation résulte d'un nouvel équilibre du marché : nombreux, les agriculteurs en difficulté vendent au plus offrant, le revenu agricole est réduit par la hausse du prix des terres louées et des prés loués. Les sociétés qui achètent les surfaces d'exploitation sont détenues par des investisseurs qui ne travaillent pas la terre. Momentanément, elles peuvent aider un nouvel exploitant à s'installer. Mais à moyen et long terme, c'est la recherche de rentabilité immédiate qui guidera leurs choix.

Que ce soit bien clair pour tout le monde : il y a de moins en moins d'agriculteurs !

Et cela saute aux yeux des Insoumis, comme une évidence, au long de leur campagne d'affichage.

Les terres vont à la finance et les agriculteurs deviennent des métayers au service des marchés : faire du plastique avec du maïs, fabriquer du méthane avec un élevage laitier, cultiver des patates pour l'Italie eu du pois chiche pour le Maroc, quel destin !

Et les consommateurs qui ne réagissent pas à cette dérive se mettent eux-mêmes en danger .

Vivre ensemble

Les lotissements éloignés des bourgs dénaturent l'habitat.

Clôtures, haies, voirie, autant de marques de l'oubli des traditions. Les solutions sur étagère des grandes surfaces de bricolage envahissent la place. Et les artisans qui les mettent en oeuvre se disqualifient.

Alors c'est une impression d'ennui qui monte, peu à peu, et se confirme dans le déroulement de la journée. Celle de voir la même chose, triste, partout.

La France Insoumise propose une révision profonde de la politique et de l'organisation territoriale.

Il faut abroger les lois de l'acte 3 de la décentralisation (loi NOTRe et loi MAPTAM). Il faut reconnaître et mettre en application concrète la Constitution française : les citoyens détiennent la liberté d'administrer leurs collectivités territoriales.

Faire politique en pleine "macronite"

Pour les Insoumis, chaque moment de cette campagne est un travail politique.

Afficher, c'est aussi faire politique.

S'approprier la question de l'environnement et celle de la ruralité, ou bien celle de l'agriculture et du circuit court de notre alimentation.

S'imprégner du territoire et préparer le mandat de la candidate Anne Lecoq-Cherblanc.

Un mandat national, engagement pour appliquer une politique nationale, et pour résister à la politique de Monsieur Macron si celui-ci détient les pleins pouvoirs après le 18 juin.

Faire politique en pleine "crise macronite", c'est aussi décoder l'immense vague médiatique qui assaille la France Insoumise. Au point de la placer en position de concurrence avec ses amis des partis de l'écologie et des partis de la vraie gauche ?

Céder à cette manœuvre, ou bien subir le mot d'ordre du vote républicain, c'est faire le choix d'attendre encore cinq ans. C'est le calcul des consultants, des cadres sup' et des managers de LREM. La "société civile" de Macron. Sans ouvrier, sans chômeur, sans agriculteur, c'est plus simple.

Le 11 et le 18 juin, quelle erreur ce serait de concéder cette victoire aux MacDo managers !

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Un contre-pouvoir fort

Un contre-pouvoir fort

Anne Lecoq-Cherblanc entend être une députée de la nouvelle République. Avant l'heure.

Alors que les premiers pas de LREM indiquent une parfaite continuité avec la République des affaires, la candidate de la dixième circonscription de la Seine Maritime compte laisser les électeurs "prendre la parole".

Le "jeunisme" est un slogan publicitaire.

Vieilles outres pour de mauvais vins.

Notre territoire présente ses caractéristiques propres, mais ses difficultés sont les mêmes que celles de tous les territoires ruraux et péri-urbains : urgence écologique et urgence sociale !

Monsieur Macron tourne le dos à ces réalités.

Ses candidats fonctionnement à l'ancienne : MacDo management, débats préfabriqués, clientèlisme discret.

Les 11 et 18 juin, il faut élire un maximum de députés qui s'engagent sur un programme détaillé et concret. Et sur une autre manière de faire de la politique.

Anne, une députée engagée par la charte ANTICOR et la charte de la France Insoumise.

Réunion publique d’Yvetot : les Insoumis face à la réforme du Code du travail

Réunion publique d’Yvetot : les Insoumis face à la réforme du Code du travail

En marche au pas de charge, jusqu'au 20 septembre …

 

Le projet de loi d'habilitation autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances doit être soumis au Conseil d'État dès le 14 juin, puis au Conseil des ministres du 28 juin.

La réforme du Code du travail avancera donc, en catimini, comme le candidat Macron l'avait annoncé.

Le 24 juillet, les parlementaires auront connaissance du projet de loi d'habilitation à gouverner ce sujet par ordonnance. Pour pure forme, puisque les ordonnances elles-mêmes ne seront connues et adressées au Conseil d'État que le 28 août. Elles seront adoptées par le Conseil des ministres du 20 septembre. Une loi de ratification par le parlement interviendra durant la session d'automne.

Le programme du candidat Macron annonce les points clés des ordonnances :

  • En cas d'accord minoritaire de la représentation syndicale, l'employeur pourrait prendre l’initiative d'un référendum sur tous les sujets, sauf ceux qui touchent aux droits fondamentaux et aux normes internationales ;
  • La primauté de la négociation d'entreprise sur le champ conventionnel de branche, déjà entirinée par la loi El Khomri au sujet de la durée du travail, serait étendue à d'autres champs de la négociation sociale ;
  • La Délégation Unique du Personnel, établie par accord social majoritaire pour les entreprises de moins de 300 salariés, l'instance regroupée, établie par la négociation avec les instances existantes pour les entreprises de plus de 300 salariés, deux mesures déjà adoptées par la loi Rebsamen du 17 août 2015, seraient simplifiées dans leurs modalités et généralisées par la loi.
  • La négociation sociale au sein de l’entreprise interviendrait en dérogation aux accords de branche, notamment pour adopter, par accord social négocié, des dispositions moins favorables pour les salariés : c'est l'inversion des normes de droit, qui permettrait aussi à la convention de branche de déroger à la loi et au Code du travail.
  • Le compte personnel de prévention de la pénibilité entré en vigueur le 1er juillet 2016, et qui bénéficie déjà à des centaines de milliers de salariés, dont la mise en oeuvre est jugée inapplicable par les employeurs, serait simplifié par voie législative.
  • Le plafonnement des indemnités attribuées par les juges des prud’hommes en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, déclaré non conforme à la Constitution lorsque le gouvernement Hollande avait tenté de l'inscrire dans la loi Macron de juillet 2015, serait présenté à nouveau dans une forme nouvelle et inconnue.

Mauvais vins, vieilles outres : une réforme inutile, noeud de contradictions, obéissance au dogme

 

Le président des ordonnances est obsédé par cette réforme.

Notamment par le forfait de licenciement, aux antipodes du droit dans tous les pays du monde. C'est dire la considération qu'il a pour le travail des salariés. Et pour les notions aussi anciennes que le droit romain et le droit des luttes sociales : les obligations, la confiance et le contrat, la valeur et l'équité. Nul doute que les associés et les salariés de la banque Rothschild échapperont à toutes ces villennies.

Trente ans de débats, pour trente ans de flexibilité accrue à la demande des employeurs. Car ce sont eux qui font du Code du travail ce qu'il devient : une collection de régimes d'exception, de dérogations, d'amendements.

Trente ans de reculs sociaux donc, sans qu'aucun des effets économiques annoncés n'ait été le moins du monde perceptible.

La productivité ? Notre pays se classe parmi les meilleurs avec un produit intérieur brut de plus de 80000 euros par emploi. Dans une Europe dont la moyenne est à 63800 euros par emploi. Tout le discours sur l'offre et la compétitivité tombe à l'eau. Pure idéologie.

L'emploi ? Macron lorgne en direction de la solution allemande qui favorise l'emploi interne des entreprises pérennes. Au détriment de l'emploi précaire d'adaptation. Grossière tactique destinée à effondrer les statistiques du chômage, plongeant des pans entiers outre Rhin dans la précarité.

La négociation sociale décentralisée ? La solution allemande suppose un dialogue social par la co-détermination et le partage, entre les employeurs, les actionnaires et les salariés. Précisément la voie décentralisée que Macron refuse. Il lui préfère l'administration jacobine et centrale sur tous les sujets : la formation professionnelle, l'assurance sociale et les retraites.

Trop de contradictions pèsent dans ce projet : c'est l'arbitraire du dogme qui l'anime. Un dogme qui mène les salariés à la concurrence par les coûts, et les entreprises au dumping social.

Une double assurance : la valeur ajoutée des produits français en pâtira, la demande intérieure aussi.

Le travail est une oeuvre concrète, une liberté fondamentale de chaque personne

 

Les droits fondamentaux de l'environnement, de la santé et des biens communs cèdent le pas au seuil de l'OMC et des tribunaux d'abitrage. Aussi, Prendre la responsabilité au sérieux revient à établir des nouveaux pouvoirs de justice contre l'hégémonie du droit d'entreprendre.

Alain Supiot mène, depuis le Collège de France, un combat international contre la domination des marchés et des règles du commerce mondial. Il conduit aussi une réflexion politique sur le travail et le droit du travail.

La montée du chômage semble conduire à regarder le travail comme un bien rare et à envisager son partage. Ou bien son découpage et son contrôle économique dans des qualités et des sous qualités qui arrangent ceux qui possèdent sans travailler.

Mais alors, comment ranger le travail concret dans cette catégorie de bien rare ? Un travail qui s'exprime par des oeuvres qui sont produites par la personne du travailleur ?

Le travail n'est donc pas réductible à une quantité de temps et d'argent, il a la nature juridique d'une liberté fondamentale de la personne.

Le travail des Insoumis entre Caux et Bray

 

Anne Lecoq-Cherblanc et les Insoumis des groupes d'appui de la dixième circonscription réunis à Yvetot le 1er juin débattent avec l'avocate des salariés et des syndicats venue à leur rencontre.

La colère domine. Le Code du travail appartient aux salariés : tout comme le Code monétaire et financier appartient aux investisseurs et aux banques.

Formulation évidente et révolutionnaire dont il faut prendre toute la force.

Le travail public des Insoumis fait de ce principe un préalable à toute discussion sur la loi. La question est bien celle-ci : "qui peut se donner le droit de toucher à ces textes, sinon les salariés eux-mêmes ?"

Quel est le sens alors du gouvernement par ordonnance, du débat parlementaire même, dans la logique de représentativité de la cinquième République, sur un sujet tel que celui-ci ?

Le programme l'Avenir en Commun de la France Insoumise ne fait pas l'impasse de ces questions préalables : c'est d'abord dans l'Assemblée Constituante que le droit du travail va se fonder à nouveau dans le contexte de la mondialisation, avant que l'emploi pour tous complète le dispositif.

Les garanties et les priorités de l'urgence écologique et sociale inscrivent la nouvelle règle de la Constitution dans le concret et dans l'immédiat.

Sidérés par la violence et par l'ineptie du projet du président, les Insoumis débattent des sujets associés aux luttes qui les attendent : la prise en compte des émigrés, la place des femmes, la fonction de l'élu, l'organisation dans la circonscription, et les violences policières.

Forts du travail collectif effecté, ils se séparent au commencement de la nuit.

En grande vigilance.

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Révolution citoyenne en douceur : la preuve par l’Équateur

Révolution citoyenne en douceur : la preuve par l’Équateur

Utopie irréaliste, populisme charismatique : c'est ainsi que le projet l'Avenir en Commun de la France Insoumise est qualifié par les partisans de « l'extrême centre » raisonnable de l'ordo-libéralisme rhénan et de la social-démocratie anglo-saxonne. La révolution citoyenne en douceur : une idée déraisonnable ?

À dix jours de l'élection législative en France, se multiplient les prises de position qui estiment raisonnable, au contraire, de « donner toute sa chance » à l'avatar de Tony Blair et de Matteo Renzi. Les pleins pouvoirs à celui qui s'apprête à gouverner notre pays. Au nom du pragmatisme, du désir de changement et du rejet des partis politiques.

C'est ignorer les dégâts sociaux et économiques que ce choix va occasionner. Le recul de " la Sociale ", la précarisation du salariat sans contrepartie, le déni de l'urgence écologique, la dilution de la démocratie dans l'ennui et le repli sur soi.

C'est aussi faire le choix du désordre et de l'irresponsabilité. Contre celui de la gestion ordonnée de nos affaires. Le dogme libéral mal digéré par ce qui reste un dilettante amateur consiste à prétendre que la main invisible du marché pourvoira à tout, n'est-ce pas ? C'est donc un chèque en blanc de plusieurs milliers d'euros que chaque foyer Français met en jeu. Rendez-vous de bilan dans cinq ans, pour le pire ?

C'est enfin renoncer à la révolution citoyenne en douceur. Par ignorance, par lassitude, par manque de repères. Au moment où, loin du vacarme des populismes latino-américains dont la presse nous rappelle chaque matin les excès afin de mieux abattre Jean Luc Mélenchon et la France Insoumise, un autre pays est entrain de réussir la sienne. Sous nos yeux, c'est "la preuve par l'Équateur" qui se déploie tranquillement. Un pays que l'on connaît surtout du fait qu'il accorde l'asile politique à Julian Assange. Plus que pour la réussite de sa mutation politique vers un état en transition socialiste, de droit et de fait.

La preuve par l'Équateur : 2006, élection de Rafael Correa d'Alianza Paìs (AP)

 

L'arrivée au pouvoir de Rafael Correa marque le commencement de la révolution citoyenne et en douceur dans ses cinq dimensions : constitutionnelle et démocratique, éthique, économique et productive, sociale et en faveur de la dignité, de la souveraineté, et de l'intégration latino-américaine.

Tournant le dos au consensus de Washington (accords de Bretton Woods), plusieurs Pays d'Amérique Latine prennent un virage à gauche dans les années 2000. Le retour de l'État et de la planification productive, sans l'intention de sortir du capitalisme, prend le nom de "postnéolibéralisme". Cette appellation permet aux nouveaux dirigeants de présenter ce changement comme une étape de transition destinée à réparer les écueils et les méfaits de la politique libérale des décennies 1980-1990. Sans se mettre complètement à dos les progressistes libéraux, les investisseurs et la communauté économique du continent.

Assemblée Constituante : deux ans de travail pour rétablir la dignité de la fonction politique

 

Alors voici que, de tactique, cette opération politique produit ausi l'inattendu : l'approbation par plus de 60% des électeurs du travail de l'Assemblée Constituante. Une Assemblée qui a été réunie de 2006 à 2008 pour définir le Buen Vivir. Ce bien vivre est l'émanation des revendications des acteurs sociaux pour l'égalité et la justice sociale. Davantage encore, la nouvelle constitution consacre la reconnaissance, la valorisation et le dialogue des peuples et de leurs cultures, de leurs savoirs et de leurs modes de vie.

L'élection générale présidentielle (19 février 2017), et parlementaire (2 avril 2017) se produit dix ans après l'orientation postnéolibérale. Dans une atmosphère de doute. Correa aurait bénéficié d'un contexte économique porteur dit-on. Désormais les prix pétroliers chutent et la réalité économique va apparaître au grand jour. Des allégations de corruption secouent les personnalités des gouvernements successifs. La droite reprend vigueur. 

Au premier tour du scrutin, Lenin Moreno, candidat du parti du pouvoir Alianza Paìs (AP), bat tout de même son adversaire libéral, le banquier Guillermo Lasso. Mais sans parvenir au seuil de 40% qui lui aurait permis d'éviter le ballotage et le second tour. Le scrutin général du 2 avril 2017 confirme la majorité législative d'AP, le recul en sièges du parti de Lasso. Et il emporte l'adoption du référendum interdisant aux fonctionnaires l'acquisition de capitaux dans des paradis fiscaux.

Un troisième mandat avec l'Alianza Paìs (AP)

 

Révolution citoyenne en douceur ? Protectionnisme solidaire ? Moratoire et défaut volontaire de paiement de la dette de l'État ? Reprise en mains de la banque centrale et de la gestion politique de la monnaie ? Réforme fiscale encadrant le pouvoir de nuisance des élites ? Réduction des inégalités, malgré l'échec de la politique du logement et du développement des territoires ?

Pendant ces dix dernières années Correa consacre plus d'efforts à la gestion efficace des affaires publiques qu'à la mobilisation populaire de ses bases. Tournant le dos à ses partenaires bolivariens, Hugo Chávez et Evo Morales. Le peuple des dix sept millions de citoyens de l'Équateur reconnait cet effort, et confie une nouvelle fois la présidence au parti de ce pouvoir.

Populiste ? C'est celui qui le dit qui l'est

 

Le populisme n'est pas là il où il est montré du doigt.

Emmanuel Macron est bien celui qui a usé et abusé des slogans vides de portée politique : "révolution", "en marche", "jeune", "nouveau", rien de tout ceci ne rassure ni surtout n'engage. Inscrit dans la succession de ses deux prédécesseurs, Sarkozy et Hollande, dont l'histoire qualifie déjà les mandats de populistes. "Travailler plus pour gagner plus" et "l'ennemi c'est la finance" : n'oublions pas si vite ces graves banalités qui ont détruit notre société et son économie.

Renvoyer dos à dos la France Insoumise et le Front National, interdire le choix politique entre la voie libérale et la voie de l'humanisme écologique et solidaire, c'est une terrible farce qui coûreta plusieurs milliers d'euros à chaque famille française. Rendez-vous dans cinq ans, au pire, pour dresser le bilan de l'aventure ?

Dans les conditions du scrutin de 2017, rien n'oriente l'apprenti sorcier jupitérien dans la direction du travail méthodique, concerté, patient et partagé qui est l'exigence de son mandat. Un travail politique qui, seul, pourrait mettre tout le monde dans la direction du bien vivre ensemble.

Pourtant, la révolution citoyenne n'est pas une utopie.

L'Assemblée Constituante, seule, donnera aux dirigeants politiques et aux électeurs la dignité que quinze années de laxisme politique ont effacée.

Parce que la preuve par l'Équateur démontre qu'une autre solution existe, dans la dixième circonscription de la Seine maritime, il faudra voter les 11 et 18 juin pour la candidate investie par la France Insoumise et soutenue par Jean Luc Mélenchon : Anne Lecoq-Cherblanc.

Car le 11 et le 18 juin, ce sera notre dernière chance de bloquer la voie à l'amateurisme, doublé de la morgue des élites et de la corruption du pouvoir que ce début de règne indique déjà.

Norbert Tangy

Retrouver le dossier complet qui inspire cet article sous le titre "L’Équateur de Rafael Correa : transition postnéolibérale et conflictualité" – Cahier des Amériques Latines – numéro 83/2016.