Fukushima et ses invisibles, cahiers d’enquêtes politiques

Fukushima et ses invisibles, cahiers d’enquêtes politiques

Du tsunami à la fusion des trois réacteurs
Le 11 mars 2011 un tsunami ravage la cote nord-est du Japon. Les jours suivants, trois réacteurs explosent dans la centrale nucléaire de Fukushima Daichi. À cette catastrophe s’en ajoute une autre : la gestion gouvernementale du désastre. Loin d’être un « accident » désormais « sous contrôle », le drame se poursuit par mille conséquences plus ou moins visibles : pollutions, déplacements de populations, bouleversements des intimités.
Six activistes japonais proposent le récit de ces « invisibles ». Le livre tente de penser autrement le désastre nucléaire. Un phénomène qui remet en cause la texture même de la matière doit, aussi, être abordé comme une catastrophe métaphysique.
« Que les choses continues comme avant, voilà la catastrophe ». Walter Benjamin, Charles Baudelaire.
11 mars 2011, 14 heures 46
Un tremblement de terre de magnitude 9 frappe le nord-est du Japon. 51 minutes plus tard les vagues de 15 m de haut pénètre les terres jusqu’à 10 km des côtes. Elles détruisent tout sur leur passage et le bilan chiffré fait état de 16000 morts, 6000 blessés et 2500 disparus.
La centrale de Fukushima Daichi est sur la route du tsunami. Trois des six réacteurs sont arrêtés pour maintenance. Les trois autres réacteurs stoppent automatiquement dès les premières secousses. Les générateurs thermiques de secours prennent le relais pour assurer l’alimentation électrique des systèmes de sécurité dès lors que plus rien ne fonctionne à l’extérieur jusqu’à des kilomètres à la ronde. Mais le tsunami ravage les prise d’eau en mer, les pompes, les groupes électrogène de secours, et les tableaux électriques qui les alimentent. Ne restent alors en service que quelques batteries qui assurent pour quelques heures un maigre éclairage de secours. Bravant le danger climatique, les opérateurs de garde à la centrale descente sur le terre-plein dévasté, où ils démontent les batteries de leurs propres voitures détruites par la vague, afin de les mettre en service et d’alimenter les ultimes appareils de contrôle de la centrale.
Le refroidissement de réacteur numéro 1 à 4 et de leurs piscines de refroidissement des combustible est stoppé net. La montée en température des combustibles irradié s’emballe, ils vaporisent l’eau qui les protège, atteignent une température supérieure à 2300° à laquelle ils se liquéfient. La vapeur d’eau est violemment dégradée par les températures extrêmes du cœur du réacteur et se décompose au contact des matériaux radioactifs en fusion, produisant d’énormes quantités d’hydrogène qui s’accumulent jusqu’à ce qu’elles explosent au contact de l’oxygène de l’air.
Pendant que ces phénomènes dramatiques se déroulent, la direction de la compagnie électrique et de l’autorité de sécurité nucléaire démentent tout danger auprès du premier ministre Naoto Kan, isolé dans la cellule de crise.
Les 12, 14 et 15 mars, c’est l’explosion des réacteurs numéros 1,3 et 2 respectivement. Les dégagements massifs de gaz, d’aérosols, et de matières radioactives envahissent les sols de la centrale, se précipitent dans l’océan tout proche, et emplissent l’atmosphère environnante.
Cette animation de 10 minutes produite par l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français explique tout le déroulement de la catastrophe.
Que faire de la radioactivité ?
Il est établi qu’il est impossible de ramener la radioactivité à des niveaux comparables à ce qu’ils étaient avant l’accident : les substances radioactives se sont mêlées aux sols jusqu’à une profondeur qui dépend des eaux pluviales et de la géologie. Il faudrait remuer des milliards de tonnes de terre pour évacuer cette radioactivité. On comprend mieux dès lors la politique gouvernementale qui consiste à nier le risque sanitaire, et s’efforce de disséminer les matériaux dans le plus grand nombre de sites possibles, n’agissant aucunement pour reloger les habitants déplacés en dehors des zones contaminées.
Vers la normalisation politique : « il ne s’est rien passé à Fukushima »
Huit ans après, la polémique n’est pas éteinte sur les quantités exacte de radioactivité qui ont été déversées dans l’environnement. Il est établi que les trois cœurs de réacteurs ont fondu et que les substances radioactives ont percé la cuve et se sont logées dans le fond des bâtiments des réacteurs. Les eaux de refroidissement ainsi que les eaux de pluie continuent de maintenir des températures acceptables, mais n’évitent pas la diffusion permanente de rejets radioactifs sous forme de gaz, d’aérosols et de liquides. Les fuites des installations sont estimés à 300 tonnes par jour dos contaminé. Toutes les capacités de stockage est de traitement étant saturées, l’entreprise électrique annonce qu’elle n’a d’autres choix que de déverser le trop-plein d’eau contaminée en pleine mer.
À l’extérieur de la centrale, 250 000 personnes ont été déplacées, 150 000 ont été officiellement évacuées sous le contrôle des autorités, mais on estime à plus de 100 000 habitants la population qui s’est volontairement éloignée des zones radioactives. Trois zones de restrictions d’accès ont été définies par les autorités. Une zone rouge, d’accès interdit, ou l’on ne peut se rendre que pour des raisons d’intérêt public. Dans cette zone, le débit de dose radioactive est supérieur à 50 mSv/an. Une zone orange n’est accessible que pour des temps courts et des raisons précises, le rayonnement y est compris entre 20 et 30 mSv/an. La zone verte, enfin, garantit une irradiation inférieure à 20mSv/an, la circulation y est permise, mais on ne peut y séjourner plus que la journée, et la zone doit être évacuée la nuit.
L’État japonais ne propose aucune autre solution que le retour chez soi de manière durable. Les personnes évacuées, officiellement et clandestinement. continuent donc de vivre dans des bâtiments préfabriqués, ou bien chez des proches, dans des conditions sociales inacceptables. Seulement 10 % des populations déplacées acceptent d’occuper à nouveau leur logement.
Les activistes estiment que la gestion de la crise de Fukushima est orientée par les institutions internationales – l’agence de Vienne, l’organisation mondiale de la santé, le réseau mondial des autorités de sûreté – de manière à préfigurer ce que sera la gestion du prochain accident nucléaire : un non-événement.
L’on ne eut s’empêcher de penser au dialogue entre Emmanuelle Riva et Eiji Okada :
Il ne s’est rien passé à Hiroshima.
Et la situation en France ?
Inutile de revenir sur le discours habituel qui consiste à dire : « nos installations n’ont rien à voir avec celles de Fukushima », ou bien : « nous avons mis en place toutes les mesures de retour d’expérience qui permettent d’éviter totalement le renouvellement de cet accident». La vérité est toute autre. La catastrophe de Fukushima n’est due qu’à à une seule cause : la perte totale des alimentations électriques internes et externes des réacteurs. Il s’agit une situation hélas banale et reproductible n’importe où sur la planète. Quelque soit la redondance des sources électriques, un simple état de crise sociale profonde, voire de guerre, quelques actes de sabotage suffiront à mettre n’importe quel réacteur dans la même situation que celle qu’ont connu les trois réacteurs en fusion de Fukushima. La situation des piscines de refroidissement et de désactivation des combustibles usés est encore plus critique. De même que le transport sur le territoire national des substances radioactives de très haut activité. Ces deux activités sont aujourd’hui encore non conformes aux exigences de l’autorité de sûreté nucléaire en France.
Il est exclu, pour une filière nucléaire à bout de souffle, produisant désormais une électricité plus coûteuse que le renouvelable, de grever davantage ses coûts d’exploitation, ou bien le coût prévisionnel du démantèlement des réacteurs. Pas question, donc, d’investir davantage pour sécuriser les piscines au niveau des standards des nouveaux réacteurs : la surveillance policière fera l’affaire ! Pas question non plus de renforcer la sécurité passive des réacteurs. Tout ceci coûte déjà trop cher ainsi que les économistes le démontrent régulièrement. C’est ainsi qu’il faut comprendre la décision du président Macron de nationaliser le parc nucléaire actuel et futur d’EDF : tout le monde admet désormais que ce risque économique est incompatible avec les lois du marché financier. Dès lors, quoi de plus simple que de faire supporter à l’économie nationale le risque de la production d’électricité d’origine nucléaire ?
Quitte à tirer un trait sur les investissements nécessaires à la transition énergétique et écologique.
Les intellectuels et les Gilets Jaunes

Les intellectuels et les Gilets Jaunes

François Dubet, sociologue exécutant de la sociale démocratie européenne, fait un diagnostic juste de la colère citoyenne qui se déploie en ce moment sous la bannière des Gilets Jaunes. Il observe une série d’injustices personnelles, de discriminations, d’expériences du mépris, de mises en cause de la valeur de soi.

“La longue tendance de la réduction des inégalités s’est interrompue. Il se créée une caste de super riches et en même temps, la structuration des inégalités à peu près cohérente et organisée explose. ce qui rend fou. Parce qu’on va se mettre à se comparer en permanence, à se sentir responsable.” François Dubet, sociologue.

Jusqu’ici tout va bien. Mais la suite de la démonstration prend le mauvais chemin : la multiplication des inégalités individuelles conduit à une multiplication des frustrations, qui nourrissent une dynamique mortifère, incapable de produire d’autres manifestations que la haine de tous et, in fine, la haine de soi.

Erreur d’analyse saluée comme il se doit par Alternatives économiques qui voit dans l’analyse du mouvement par Dubet le mérite de “décrypter les évolutions récentes de la société française”. Quelles évolutions? Celles auxquelles le chevalier blanc Macron, auto-institué leader européen, s’attaque sans relâche : “Les gilets jaunes, les dérives autoritaires, la violence sur les réseaux sociaux, la baisse de pouvoir des syndicats, la haine contre Emmanuel Macron, les critiques du néolibéralisme, le populisme”. Le mot est lâché.

Malgré sa bienveillance, malgré son écoute et son analyse, Dubet est incapable de concevoir la puissance qui est à l’œuvre et il ne peut que mobiliser les vieilles solutions pour y apporter un remède : là où l’insurrection citoyenne exige des changements radicaux de l’institution (Constituante), le bousculement des priorités (la transition écologique), il ne connait que les recettes éculées des philosophies néolibérales communicationnelles (Jürgen Habermas) et juridiques (Richard Rorty).

Pire, à dessein, il évoque les « passions tristes » qui sont une référence à Spinoza et à Bergson : c’est une lourde erreur intellectuelle, un mensonge délibéré, car il ne faut pas confondre l’événement qui émerge aujourd’hui dans la colère, qui est le signe de la vitalité, du désir de s’émanciper et de vivre, simplement, avec des passions subies que Spinoza qualifiait de tristes. Pour Spinoza, en effet, les passions tristes se forment là où la connaissance de soi et du monde est insuffisante.

Gilles Deleuze a parfaitement médiatisé le difficile texte de l’Éthique à ce propos : “Le passage à une perfection plus grande ou l’augmentation de la puissance d’agir s’appelle affect, ou sentiment de joie; le passage à une perfection moindre ou la diminution de la puissance d’agir, tristesse. C’est ainsi que la puissance d’agir varie sous des causes extérieures, pour un même pouvoir d’être affecté. L’affect-sentiment (joie ou tristesse) découle bien d’une affection-image ou idée qu’elle suppose (idée du corps qui convient avec le nôtre ou ne convient pas); et, quand l’affect se retourne sur l’idée d’où il procède, la joie devient amour, et la tristesse, haine. C’est ainsi que les diverses séries d’affections et d’affects remplissent constamment, mais dans des conditions variables, le pouvoir d’être affecté (Éthique III, 56).”

Précisément, ce sont les passions vitales, joyeuses, qui sont à l’œuvre dans le mouvement des Gilets Jaunes, et particulièrement dans l’expression féminine qui l’anime. S’en convaincre ? Il suffit de les écouter : le budget de l’État, la corruption institutionnelle, la compréhension des enjeux d’environnement et de territoire, la paix, l’imagination des solutions, tout est là, rien n’échappe, que ce soit sur les ronds-points, sur les plateaux de télévision, et dans les assemblées citoyennes.

Décidément, il ne faut pas compter sur les intellectuels pour accompagner la révolution citoyenne du peuple.

Pour autant, la parole creuse du président Macron produit la critique qu’elle mérite chez nos voisins européens, et l’analyse sans concession de la plume de Jean Luc Mélenchon.

Sortir du pot au noir avec Mireille Delmas-Marty

Sortir du pot au noir avec Mireille Delmas-Marty

“Réguler les vents autour de principes communs, inventer la boussole d’un humanisme planétaire”, c’est ainsi que Mireille Delmas-Marty mobilise la métaphore maritime et qu’elle prolonge l’édifice de l’humanisme juridique qu’avec Alain Supiot elle bâtit depuis son passage dans la chaire des études juridiques comparatives et de l’internationalisation du droit du Collège de France.

Son hypothèse demeure qu’à la sortie de l’utopie de Philadelphie, le socle des droits s’est brisé en deux parties : le droit des marchés et de la propriété intellectuelle s’est alors autonomisé des droits de l’homme. L’Alien Tort Claims Act de 1789, qui permet de sanctionner, sur le territoire des États Unis, des actes commis en dehors du territoire fédéral (actes de piraterie) se trouve tempéré depuis la décision Kiobel “US does not rule the world” de la Cour Suprême en 2013, à propos des troubles tels que les crimes contre l’humanité. Pourtant, depuis une dizaine d’années, l’hégémonie nord américaine extra-territoriale se déploie contre les entreprises du monde entier.

Séparant le droit des marchés des droits humains fondamentaux, la construction européenne préfigure les divergences entre les droits sociaux et les droits économiques, confirmant la dissymétrie des pouvoirs effectifs entre la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’Organisation Internationale du Travail et l’Organisation Mondiale du Commerce.

Mireille Delmas-Marty propose de fonder un futur possible au moyen de trois récits d’anticipation donnant à entrevoir des avenirs accessibles, ou subis, et à effectuer des choix.

La première anticipation qu’elle propose est celle du récit de la catastrophe climatique, c’est le récit de la menace directe que l’homme exerce contre la Terre-Mère. Cette menace est le fait de l’homme devenu capable de s’affronter aux processus naturels et de les détruire, lui avec. La seconde anticipation est celle du récit-programme des “nouvelles routes de la soie” qui associent le Tout-Marché et le Tout-Numérique dans la fondation d’un Empire-Monde. La troisième anticipation, déjà annoncée par Édouard Glissant, est celle du Tout-Monde, elle est le récit de l’aventure de la mondialité. Dans cette histoire, nous sommes tous différents, interdépendants et solidaires.

Et la boussole, dans cet océan ?

Et bien la boussole est celle de l’humanisme juridique : depuis des décennies, Mireille Delmas-Marty identifie et consolide, dans les décisions de justice locale ou planétaire qu’elle analyse et dont elle diffuse la portée, tous les ingrédients de fraternité et d’hospitalité, de dignité, de solidarité et de créativité, en mesure de stopper l’invasion du marché libre et de ses externalités négatives.

Le fascisme est né en France

Le fascisme est né en France

Le fascisme est né en France à la fin du XIXe siècle, avec le boulangisme et l’affaire Dreyfus.

C’est ensuite qu’il s’est étendu sous la forme du fascisme populaire et populiste, en Allemagne, en Italie, et en Espagne.

Aujourd’hui, il déborde dans plusieurs pays européens.

Les trois droites de René Rémond – légitimiste, orléaniste et bonapartiste- ont vécu : la quatrième droite est bien celle-ci, née en France, une droite qui collabore aujourd’hui sans arrière-pensée avec ultralibéralisme et qui n’a rien à voir avec la pensée démocrate et libérale des Lumières.

Autrement dit, le spectre du malheur n’est pas éloigné.

Non-dits dans l’histoire de France ?

L’historien Zeev Sterhell s’explique.

https://youtu.be/kyQzd2gFNhU

Code du Travail sur Ordonnance

Code du Travail sur Ordonnance

De la lettre au père Noël de la ministre Pénicaud au projet de loi d'habilitation à gouverner par ordonnances

Débarrassé de l'exposé des motifs exposé par le "document de travail" divulgué par Le Parisien le 12 mai 2017, le projet de Loi remis au Conseil des ministres le 28 juin s'apprête à exploser le Code du Travail.

Il tient en six pages, organisées en cinq sujets, dont trois traitent véritablement du fond :

  1. La réforme de la négociation collective et la mise à bas des normes juridiques : c'est dans cette première partie que se préparent les mesures de destruction des normes juridiques qui assujetissent les accords d'entreprise et d'établissement aux Conventions collectives et à la Loi, puis tous ces textes à la Constitution et à l'ordre public. Les accords directs avec les salariés par référendum portent un coup supplémentaire et sans doute fatal à la représentation des salariés comme à leurs droits collectifs. Jean Luc Mélenchon a raison d'affirmer que le gouvernement se propose de "renverser l'ordre public social". Cet édifice du droit qui est menacé, c'est en effet une grande part de l'héritage de la France révolutionnaire et post révolutionnaire. Il interdit, aujourd'hui encore, les influences des groupements professionnels, et il punit les délits de coalition. Face aux désordres de l'ancien régime, l'État interpose d'abord les syndicats (1884), puis les conventions collectives qui prennent le pas sur les contrats (1919), et enfin le droit de grève 1946). Le reste suit : la représentation collective du Livre I du Code du Travail, la négociation collective du Livre II et les conflits collectifs du Livre III. Telles sont les véritables cibles de ce premier article de la loi d'habilitation. Le plus dévastateur. En priorité, il mérite réplique.
  2. La généralisation de l'instance unique des délégués du personnel, du comité d'entreprise et du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail : cette seconde partie péfigure les compétences de négociation des "conventions, accords d'entreprise ou d'établissement". Il faut y entendre la réduction des ressources mises à disposition des représentants des salariés pour la négociation. Même s'i l'on y lit la volonté d'améliorer "la représentation et la participation des salariés ou de leurs représentants dans les organes délibérants des entreprises". Cette seconde partie de l'ordonnance annonce également le droit des salariés de financer le syndicat de leur choix, au moyen de ressources de l'employeur. Ainsi que la "modernisation des dispositions du Code du travail favorisant le droit d'expression". Toute cette seconde partie fait donc référence aux lois Auroux (1982), de même qu'elle impacte la section syndicale des accords de Grenelle (1968), le financement des organisations syndicales (2014) et leur représentativité (2008).
  3. La réparation financière de la rupture du contrat de travail et le recours à "certaines formes particulières de travail" : c'est dans cette troisième partie que se déploie la pensée de la flexibilité du contrat de travail et de l'indemnisation à bas prix de sa rupture unilatérale à l'initiative de l'employeur.
  4. Les conséquences des trois premiers sujets sur le fonctionnement paritaire et la négociation collective des conventions : cette partie se contente d'autoriser le réarrangement des modlités de fonctionnement de la négociation paritaire et de son financement à la suite des ordonnances qui seront issues des trois premiers grands sujets de fond.
  5. La mise en cohérence et le "toilettage" du Code du travail : n'ajoutant rien au fond, cette partie autorise le gouvernement à rédiger entièrement le nouveau Code du Travail par simple déclinaison des ordonnances prises dans les trois premiers sujets. Le terme de "toilettage" utilisé dans le texte même du projet de loi donne une juste idée de la nature de la pensée philosophique complexe qui préside au bricolage juridique qui se prépare.

Le 6 juin, Libération publiait un document émanant du Cabinet de la Ministre du travail Pénicaud, daté du 31 mai, et présentant les véritables désirs de changement que le projet de loi du 28 juin 2017 met encore sous le boisseau :

  1. "Open bar employeur" pour la définition des critères "a priori" de licenciement libérés du droit du travail et entièrement à la main de l'entreprise et de l'établissement.
  2. "Open bar employeur" pour la définition des règles de mise en place des contrats à durée déterminée.
  3. "Peau de chagrin" pour le périmètre de la négociation collective désormais confinée à la gestion paritaire de quelques maigres ressources financières.
  4. Primauté généralisée de l'accord d'entreprise sur le contrat de travai, qui perd à peu près toute substance juridique.
  5. "Open bar employeur" référendaire pour toute situation dans laquelle un accord syndical ne serait pas obtenu.
  6. "Peau de chagrin" pour les seuils d'accès et pour les montants des forfaits d'indemnisation des licenciements collectifs pour raison économique à l'initiative des employeurs.
  7. Autorisation du licenciement économique dans la filiale en difficulté d'un groupe qui serait par ailleurs florissant.
  8. Relèvement du seuil de 50 salariés au dessus duquel l'employeur doit recourir à la procédure de plan social d'entreprise s'il veut arguer de difficultés économiques en vue de licencier dix personnes et plus.

Le texte complet du projet de Loi, précédé d'un exposé des motifs, et suivi d'une étude d'impact de 78 pages, est remis aux parlementaires le 29 juin.

Le Parlement, lui aussi, fonctionne "sur ordonnance"

Alors qu'ils subissent les agressions violentes du groupe Les Républicains En Marche et de ses alliés les Constructifs, bien décidés à ne respecter aucun des usages de séparation des pouvoirs du Parlement, en vigueur depuis 45 ans, les députés sont priés de remettre leurs projets d'amendement sur le texte de la Ministre Pénicaud le lundi 3 juillet, en vue de l'unique séance de présentation du 10 juillet.

Les travaux de la Commission des affaires sociales vont se dérouler du 4 au 10 juillet. Ils seront suivis des discussions en séance publique du 10 au 17 juillet.

Le Conseil d'État, saisi le 13 juin par le gouvernement, rend son avis en Assemblée Générale le 22 juin. Échaudé par les approximations des lois sociales Macron – Valls – El Khomry, le Conseil met l'État en garde. En termes clairs, l'Assemblée Générale expose de multiples risques de non conformité des futurs textes à l'ordre public, à la Constitution et aux conventions internationales (OIT). Mais le document fonctionne au minimum légal : ses mises en garde portent sur des détails, elles font référence à la jurisprudence et ne se risquent pas à élargir le champ de la discussion. Ni plus, ni moins que l'anayse du texte de la Ministre.

Amender un tel projet de Loi ? Pas facile. D'abord parce que c'est l'arbre qui cache la forêt. Ensuite, parce que la Commission des affaires sociales est fermement contrôlée par La République En Marche : le parti de Macron tient la présidence, deux vice-présidents sur quatre et deux secrétaires sur quatre, trente sept membres. Trente quatre membres appartiennent aux autres groupes parlementaires, donc quatre appartiennent aux Constructifs, alliés au gouvernement.

La France Insoumise y est présente, avec deux députés : Madame Caroline Fiat, aide soignante, élue de Meurthe et Moselle, et Monsieur Adrien Quatennens, conseiller de clientèle de l'énergie, élu du Nord.

Amender le projet de loi d'habilitation à gouverner par ordonnance

Face à un texte tactique. Face à un projet bricolé dont la finalité est de miner l'essentiel, sans jamais l'aborder de front. Face à des instances de contrôle abonnées au service minimum du contrôle de l'État, c'est un unique amendement qui s'impose : il doit protéger les salariés contre le détricottage de la représentation et de la négocation collective. Il doit aussi être acceptable et partageable avec d'autres groupes parlementaires pour avoir une chance d'être adopté.

Prenant au mot les intentions de la Ministre Pénicaud, il doit garantir les entreprises, les activités et les salariés par une mesure salutaire. Une mesure préalable à toute négociation qui suivra la promulgation des ordonnances. Cet amendement, le voici :

"Exposé des motifs :

L'Europe sera une Europe des territoires. Les territoires seront porteurs de progrès de l'environnement et de ressources propres en activités, en emplois et en économie. Pour cette raison, la négociation collective de quelque nature qu'elle soit, engagée par les acteurs de la branche professionnelle, du groupe, de l'entreprise, de l'établissement et par les organisations syndicales, après la promulgation des ordonnances et des mesures pour le renforcement du dialogue social, sera soumise au contrôle préalable du Préfet de région.

Le Préfet de région reçoit en effet délégation des attributions de l'administration de l'État dans la région et, à ce titre, il a autorité sur les Préfets des départements. Sa responsabilité comprend la définition et la mise en oeuvre des politiques de développement économique et social et d'aménagement du territoire.

Acteur essentiel du plan d'investissement d'avenir et de la réforme de la formation professionnelle, le Préfet de région ne saurait être un simple spectateur ou le censeur a posteriori du mouvement des stratégies des entreprises, de leurs projets mais aussi de leurs difficultés d'adaptation, voire de survie. Deux autres grandes réformes de l'agenda du Président le concernent, par ailleurs, au premier chef : la réforme de la formation professionnelle et la refondation de l'apprentissage.

Pour toutes ces raisons, le Préfet de région est l'autorité territoriale qui convient au pilotage du projet de renforcement du dialogue social et de sa mise en oeuvre.

Le Préfet de région agira dans le cadre de ses attributions habituelles relatives au développement économique et social et d'aménagement du territoire.

Amendement de la France Insoumise :

Article 1 – 4° – destiné à porter le numéro provisoire 16 bis :

Á dater de la promulgation des ordonnances et des mesures pour le renforcement du dialogue social, les acteurs de la négociation collective de quelque nature qu'elle soit – branche professionnelle, groupe, entreprise et établissement – saisissent le Préfet de région dans le cadre de ses attributions relatives au développement économique et social et à l'aménagement du territoire. La saisine doit intervenir au moins trois mois avant la date de commencement de la négociation collective. Les négociateurs présenteront au Préfet de région l'étude d'impact du projet de négociation sur le territoire concerné, l'environnement et ses ressources propres en activités, emplois et économie. Par 'territoire concerné', il faut comprendre le territoire d'exercice des activités opérées par l'entité qui sera l'objet de la négociation.

La réponse du Préfet de région à la saisine intervient au plus tard un mois avant la date du commencement de la négociation envisagée, dans la forme usuelle d'une réponse à la consultation du Comité d'administration régionale, et dans le respect de ses attributions.

Cette mesure concerne les groupes, entreprises et établissements de plus de dix salariés.

La mise en oeuvre de cette disposition et, notamment, la forme de l'étude d'impact, seront précisées par les textes d'application des ordonnances visées par le présent amendement."

L'essentiel est ailleurs

Oui, l'essentiel est ailleurs. La réforme par les ordonnances n'est que l'ultime bricolage hâtif de l'ordre ultra-libéral et moral que les oligarchies unies par Macron et Philippe veulent imposer au Peuple craint, honni et méprisé. Ce Peuple qui a le mauvais goût de rater à peu près tout ce qui fait sens pour cet ordre et qui le rassurerait dans sa crainte de se tromper lui-même : ratée la santé, ratée l'éducation, ratée la promotion sociale, ratée l'activité salariée, ratée la culture, ratée la beauté, ratée la spiritualité religieuse.

Cette réforme par les ordonnances, ultime coup de bélier contre la hiérarchie des normes et contre l'ordre social, ça n'est pas l'essentiel. Plus importante sera la multiplication des mauvaises actions contre l'environnement, contre l'activité, contre l'emploi. Essentielle, l'élection de Monsieur Macron, essentielle, l'installation de sa majorité parlementaire, car elles portent la marque d'un moment de vérité : le moment de la fêlure dans l'hégémonie qui se déploie depuis le gouvernement de Laurent Fabius.

Il reste à transformer cette fêlure, en évitant qu'elle produise l'hégémonie populiste.

Accéder aux textes et au débat parlementaire

La liste des membres de la Commission des affaires sociales est ici.

Le projet de Loi est ici.

L'étude d'impact du projet de Loi est ici.

L'avis du Conseil d'État est ici.

Pour communiquer avec Caroline Fiat, c'est ici.

Pour communiquer avec Adrien Quatennens, c'est ici.

 

Les entrepôts d'animaux vivants, prêts pour l'abattage, des Back of the Yards de chicago, en 1947.

La démocratie, de l’enquête publique de John Dewey, au Community Organizing de Saul Alinsky, jusqu’à l’Alliance Citoyenne : comment organiser les communautés populaires ?

La démocratie : comment advient-elle ?

La démocratie naît de la révolte : les démocrates commettent des transgressions parce qu'ils sont privés de l'exercice du pouvoir qui leur permettrait de déployer le statut et les valeurs auxquels eux-mêmes sont attachés. Eux-mêmes, mais aussi beaucoup d'autres, c'est à dire tous ceux qui composent le public. Car le monopole privé du pouvoir entraîne la domination. Qui que ce soit qui l'exerce.

De sorte que deux situations extrêmes peuvent se produire : tantôt le plus grand nombre des individus menacent le gouvernement démocratique par l'ignorance et l'erreur, tantôt ce sont les élites qui tordent l'institution, afin de mieux contrôler les masses populaires, à chaque opportunité qui s'offre à elles, ou bien qu'elles organisent elles-mêmes. La représentation par le vote et par la délégation n'étant qu'une forme déguisée de la règle générale de la domination par les élites.

Entre ces deux dangers, la démocratie peut cependant s'exercer dès lors que, telle une perpétuelle évadée de prison, elle ne cesse d'échapper à l'institution qui menace compulsivement de la saisir et de la contraindre. Précisément, l'enquête du public et l'organisation communautaire sont des procédés non violents, transgressifs, qui re-ouvrent des situations abusivement dominées par les experts ou par les institutions.

La démocratie : de l'enquête locale au pouvoir du public

Psychologue, philosophe et politicien américain social-libéral, John Dewey ne croit pas que la liberté se limite à l'absence de contraintes dans la compétition. C'est la participation à la vie sociale et politique qui fonde la liberté. Plus précisément encore, l'homme libre n'est pas un spectateur-consommateur qui s'assure que les délégués politiques respectent certaines règles du débat. Des règles qui auraient été adoptées un jour, et une fois pour toutes. Seule la résolution collective des problèmes locaux, opérée par le public, au moyen de l'enquête publique effectuée à partir des connaissances locales, peut assurer l'exercice de la liberté.

D'autant plus que, selon Dewey, la société industrielle éloigne le public des sujets cruciaux sur lesquels il n'a pas la main, et sur lesquels ils n'acquiert aucune expérience.

Pourquoi cette condition de l'enquête du public ? Parce qu'on ne peut être libre qu'aussi longtemps qu'on conserve la capacité d'exercer le contrôle des buts auxquels un quelconque pouvoir politique ou une quelconque décision arbitraire vous exposent.

Pourquoi mobiliser l'enquête du public, plutôt que l'expertise ?

Le public, seul, est en capacité de définir le problème qui le concerne et qu'il  veut résoudre. Cette capacité résulte de la connaissance que le public a du problème, localement.

Pourquoi le public connaît-il le problème, et pourquoi cette connaissance doit-elle être locale ? Et pourquoi l'expertise ne suffit-elle pas ?

John Dewey répond à toutes ces questions en 1934, lorsqu'il publie The public and its problems. Première réponse : le public est exposé directement aux conséquences des décisions adoptées. Des conséquences sur l'économie, sur l'éducation et sur la formation. Les experts ne sont pas concernés par ces questions, autrement qu'en qualité de personnes du public.

La seconde raison qui conduit à privilégier l'enquête locale du public, c'est que l'on peut changer d'objectif en cours de route. Aussi bien la définition de la sorte d'avenir que l'on se propose à propos du problème initial, que la façon de poser le problème en lui-même en vue de produire cet avenir, tout cela peut et va changer. Cet avenir peut aussi bien se définir avec le vocabulaire des idées, ou bien avec celui des valeurs. L'expertise ne sait pas faire cela.

La troisième raison, enfin, c'est qu'aucun des choix de mise en œuvre de l'expertise ne devrait provenir de l'expertise elle-même : en démocratie, le choix de l'expertise, le choix de ses sujets et de ses façons de procéder, ces deux choix sont des choix du public.

En pratique, comment faire ?

Pour John Dewey, la question du gouvernement démocratique ne peut pas ignorer la question du pouvoir politique, ni celle de son exercice à l'occasion du travail d'analyse. De sorte que la démocratie est liée à la révolution, tant comme idée, que comme organisation et dispositif.

Or l'institution et l'élite sont viciées à la base, du fait que leur fonction première consiste à créer et à exercer un pouvoir qui se substitue à la délibération et au pouvoir du public. Pour autant, la bureaucratie et la hiérarchie ne sont pas fatalement opposées à la démocratie. Ce sont les oligarques qui s'opposent à la démocratie. Ceux qui pensent à la place des autres. Le public lui-même, enfin, est traversé d'idées antagonistes et de tensions. Ce qui conduit les oligarques à l'écarter pour incompétence, incohérence, confusion.

Dewey propose donc que la délibération à l'intérieur du public révèle à la fois la formulation de l'avenir recherché, le besoin d'expertise, et la définition des conflits réels au sein du public. Une délibération qui met à l'écart les vérités éternelles, les normes qui abusent et qui trompent. Une délibération qui produit aussi de nouvelles règles politiques, en commençant par une nouvelle expertise des affaires politiques et par une nouvelle organisation du pouvoir.

De multiples expériences se sont inspirées du pragmatisme de Dewey. Des initiatives citoyennes ont même réussi à remettre en cause les pratiques des agences fédérales nord américaines : l'Environmental Protection Agency (EPA), le Department of Energy (DOE) et la puissante et secrète Nuclear Regulatory Commission (NRC) ont cédé à la pression du public exercée par les organisations non gouvernementales et par leurs porte parole. Les pratiques de consultation du public avant l'écriture du règlement fédéral ont alors profondément évolué, incluant des réunions publiques et des consultations par internet. Le contrôle des agences fédérales indépendantes a été renforcé : ainsi le Department of Energy (DOE), pris en flagrant délit de pollution délibérée, est désormais contôlé par la Nuclear Regulatory Commission.

Activiste né à Chicago, Alinsky abandonne une thèse de sociologie du gangstérisme de la mafia d'Al Capone, pour fonder le Community Organizing aux États Unis, inspiré de la philosophie politique de John Dewey.

Plus proche des préoccupations locales, le Community Organizing s'est développé à partir des années 1930, dans les quartiers déshérités de Chicago. C'est sous l'influence de l'activiste Saul Alinsky que se met en place le programme Back of the Yards, du nom d'un quartier de la métropole de Chicago. Irlandais, allemands, tchèques, lituaniens, slovaques, polonais, mexicains et noirs américains et africains se succèdent par vagues de migration, accompagnant les mutations industrielles de l'abattage, de la boucherie et de l'emballage des viandes.

Saul Alinsky conçoit le travail communautaire sous la forme d'un cycle répétitif en quatre étapes :

  1. L'organisation,
  2. La demande,
  3. L'action non violente,
  4. La négociation.

Saul Alinsky définit alors des rôles d'organisateurs, de meneurs et de pédagogues. Soutenue par l'existence des puissantes communautés de race, de religion et de profession des États Unis, la pratique de Saul Alinsky ne peut pas être directement transposée à la France. Les expériences menées en France par l'Alliance Citoyenne s'efforcent de tenir compte de ces différences et aussi des échecs rencontrés par Alinsky : la fragmentation, l'enfermement local, l'éloignement des dispositifs de représentation et d'élection.

Ainsi c'est à Grenoble que la "greffe Alinsky" est entrain de prendre. Car les conditions sont identiques au contexte de Chicago il y a soixante dix ans : inégalités croissantes, discriminations, dégradation du service public, abstention et vote d'extrême droite, affaiblissement des partis et des syndicats.

Du quartier Teisseire au quartier Villeneuve, de Saint Martin d'Hères à Aubervilliers et à Genevilliers, les méthodes se mettent au point, les organisateurs se multiplient.

Dans l'entreprise même, les lois Auroux des 4 août, 28 octobre et 23 décembre 1982, assurent aux salariés la liberté syndicale, l'interdiction de toute discrimination, le droit d'expression sur leurs conditions de travail, l'instauration du Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail et, enfin, le droit de retrait face à une situaiton dangereuse. 

Aucune abrogation n'est intervenue contre ces textes que les Insoumis doivent donc utiliser dans les entreprises, avec les organisations syndicales.

Le public reprend la parole.

Ironie de l'histoire : en 1968, en plein "été des fraises et du sang", une certaine Hillary Rodham, étudiante au Wellesley College du Massachussets, achevait sa thèse de philosophie sous la direction de Saul Alinsky. Trois ans plus tard, elle entrait au cabinet d'avocats des Black Panthers. Plus tard, pourtant, elle épousa un certain Bill Clinton.

Vues des abattoirs de Chicago, Back of the Yards, en 1870, 1901 et 1947.

C'est dans ce quartier de Chicago que Saul Alinsky entreprend ses premières expériences de Community Organizing en 1930.

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5987

5987

5987 Insoumis au soir du 11 juin

Dans une circonscription de 240 communes, chaque quartier, chaque commune compte donc en moyenne 25 Insoumis. 25 qui votent.

Mis tous ensemble, ces 5987 Insoumis ne tiennent pas dans la salle des Docks Océane. On s'en souvient des Docks Océane, et du meeting du 18 mars au Havre.

5987 survivants. Ils ont traversé, indemnes, six mois invraisemblables. D'abord les drôles de primaires, avec des urnes à double fond. Puis la campagne des algorithmes et de la Google Car de Macron. Puis celle des costards de Fillon. Suivie de l'habituel truc du front républicain. Pour finir avec le camping-car des MacDo managers et les belles affiches rafraîchies tous les matins. Sous traitance et papier glacé quadrichromie.

Au moins, les  ouvriers imprimeurs ont eu un peu de travail à faire.

Qui sommes-nous ?

Insoumis aujourd'hui, hier nous ne nous connaissions pas. Nous nous sommes croisés, peut-être, un soir lors d'une réunion publique, un matin sur un marché, ou bien pendant la nuit, sur les réseaux sociaux.

Peu importe : il ne s'agit pas de nos personnes.

Peu importe : il ne s'agit pas de nos affaires personnelles.

Il s'agit de ce qui nous appartient, nous dépasse et nous oblige à la fois.

L'Avenir en Commun : pas de doute, nous l'avons choisi, et nous nous y sommes tenus.

Maintenant que nous nous sommes assemblés sur ce vote, que nous avons mesuré notre force, qu'allons-nous faire ?

Première lutte : pour le travail, notre bien commun

Ne parlons pas d'emploi, fini le vocabulaire de la gestion de Hollande. Parler de l'emploi, ça n'est qu'une façon de détourner du sujet.

Nous ne défendons pas le Code de l'emploi, mais le Code du travail. Et c'est bien le travail que Macron attaque violemment. En le réduisant à une monnaie d'èchange sur le plus ultra-réactionnaire-libéral des marchés.

Lorsqu'on est privé de travail, le temps libre devient un temps mort. Le temps tout entier passe à la trappe.

Même la droite n'a pas vu le coup venir. Parce qu'à droite, le travail c'est quand même quelque chose. Ça tient à la personne humaine et à sa place, ici, et à la famille. Tout le monde comprend cela.

Sauf Macron, qui renvoie dos à dos chaque salarié et son patron, ou son DRH. Qui renvoie dos à dos chaque salarié et tous les autre salariés.

Dans la farce tragique du référendum d'entreprise.

Dans les années 80, les consultants canadiens avaient une idée comme ça : on ferait de chacun sa propre petite entreprise personnelle à soi, insérėe dans la grande. Tout le monde de s'enthousiasmer : comment n'y avait-on pas pensé plus tôt !

Trente ans après, avec une petite couche de numérique pour séparer ceux qui sont du côté du manche de ceux qui sont du côté de la pelle, c'est fait.

Presque fait.

Car nous sommes là.

5987.

Nucléaire : l’apparent, le masqué

Nucléaire : l’apparent, le masqué

Le masqué, la question de la transparence …

Les falsifications d'Areva sont également connues et acceptées par les dirigeants d'EDF. Discrètes. Jusqu'à l'Assemblée Générale des actionnaires du 12 mai 2016. Une réunion publique qui voit le Président Directeur Général Jean Bernard Lévy, et le Directeur Général Dominique Minière, affirmer qu'aucun impératif n'impose l'arrêt des réacteurs incriminés pour effectuer des vérifications. Une attitude que l'autorité de sûreté sanctionne moralement, une fois la vérité établie. Sans conséquence pour les dirigeants responsables.

Le masqué, c'est d'abord un faux-nez du politique …

L'État Français engage le sauvetage financier d'une filière industrielle qui est entrée depuis sept ans dans des pertes opérationnelles chroniques. Moins deux milliards, c'est le montant de la perte de free cash flow opérationnel enregistré chaque année depuis 2009. Sur un marché mondial hésitant, dominé par les États Unis, la Chine et la Russie. Sans que l'on songe à infléchir ni les modes de production, ni le modèle économique des deux entreprises.

Il faut aussi rassurer David Cameron, et l'ami chinois China General Nuclear Power Company : en effet, EDF s'apprête à remettre au Royaume Uni son offre de construction d'une paire de réacteurs EPR, pour la bagatelle de 18 milliards. Prix papier du projet Hinkley Point C.

Complétée des 100 milliards destinés à financer l'extension de l'exploitation des 58 réacteurs du parc et aux 30 milliards de provisions complémentaires pour couvrir les dépenses de démantèlement, grossie des dépassements budgétaires habituels qu'aucun élément nouveau ne vient tempérer, cette fantaisie britannique booste l'engagement total de la garantie de l'État aux environs de 170 milliards. Mais attention, l'État, c'est vous, c'est nous, notre argent.

Cette déjà coquette somme, complétée du train des investissements de maintien de l'ensemble industriel de production, transport et distribution, grimpe à 300 milliards. Le fruit attendu de ce programme – la production d'électricité – couvrant une période de quinze à vingt ans, au plus.

Un héritage financier et environnemental qui se trouve ainsi discrètement transféré de la génération actuelle à la génération qui vient. Car dans quinze ans, tout ce que l'on aura prévu de dépenser aura été dépensé et davantage, mais pas encore remboursé, intérêts et principal. Il faudra pourtant investir à peu près le même montant pour remplacer 58 réacteurs à bout de souffle. Nul n'ayant la moindre idée du financement de cette double peine. Triple peine, si l'on veut bien prendre en compte le coût vraisemblable du démantèlement, et celui du stockage.

Expertise de la Cour des Comptes à l'appui.

L'État investit donc une année de son budget de fonctionnement, sans en dire un mot devant le parlement. En pleine transition énergétique. Alors que les outils législatifs et économiques de la loi péniblement émise par le gouvernement Hollande sont loin d'être en place. Gageons que l'administration nucléophile de Macron, qui n'a prévu que 15 petits milliards d'investissements, ne précipitera pas la transformation.

Le masqué, c'est par ailleurs une affaire d'État, un État qui est bel et bien aux affaires …

Car les mêmes personnages oscillent du nucléaire civil au nucléaire militaire. Et parce que les acteurs de cette mobilité ne sont pas ceux que l'on met aux avant-postes.

C'est le lobby des ingénieurs des Mines qui est à l'origine technologique du programme nucléaire civil Français. Aventure scientifique, industrielle et humaine. Mais c'était en 1974. Un ingénieur était alors … un ingénieur. Fut-il issu du Corps des Mines.

Et le lobby des mineurs ne s'est pas propulsé ainsi dans l'aventure nucléaire, sans les assurances répétées du Général de Gaulle qui ne cessait d'exprimer, depuis son élection en 1961. Vapeur toute en direction de la dissuasion nucléaire et de l'indépendance militaire Française !

Car les parois ne sont pas étanches entre les deux mondes civil et militaire …

Le chaudronnier sous traitant à la centrale de Paluel ignore qu'il participe aussi d'une autre scène. Et il ignore que cette scène est mondiale, car c'est celle de la bataille des performances des arsenaux militaires. Missiles balistiques, sous marins et matières fissiles : l'excellence civile consacre l'hégémonie d'État, qui prend ainsi des jolies couleurs militaires. Pas l'une, sans l'autre.

Et les gros contrats accompagnent tout cela bien vite. Il y a des contrats civils, larges pourvoyeurs de bénéfices politiques trébuchants dont l'inventaire complet reste à faire. Et puis il y a des contrats militaires, qui se passent de commentaires car ils sont déjà scrutés par les magistrats. Dans des procédures complexes, et qui semblent bien longues.

Pourtant, l'étanchéité entre les deux mondes reste parfaite : si l'on agit du côté de la force armée, on y reste, et si l'on agit du côté des exploitations civiles, on y reste aussi. Seuls les personnages les plus gradés de l'État passent de l'un à l'autre : cabinets des ministres, dirigeants des sociétés de conseil, hauts fonctionnaires.

Mais il en est qui s'est saisi de ce sujet au plus haut niveau, pour le compte du président Hollande, c'est Emmanuel Macron. Aux avant postes le sémillant conseiller du Château, tout d'abord pour orchestrer la piteuse braderie d'Alstom à l'américain GE, à peine sorti de la faillitte grâce à un renflouement fédéral de 90 milliards de dollars. Oublié le schéma protecteur de la souveraineté française défendu par Montebourg. Un scandale dénoncé par les Insoumis avant même le lancement de leur mouvement.

C'est lui qui tente et rate une manoeuvre minable en janvier 2016, auprès des autorités finlandaises, en espérant "sortir du bourbier de l'EPR d'Olkiluoto" d'un coup d'avion. Le ministre lui fera savoir qu'il peut rester à l'aéroport d'Helsinki et reprendre l'avion du retour à Paris, car il ne le recevra pas.

C'est lui encore qui mène le ballet du sauvetage de la filière nucléaire, n'hésitant pas à travestir la réalité devant le parlement réuni en commission le 22 mars 2016. Un parlement privé de tout moyen effectif de contrôle et d'action.

C'est lui, enfin, qui déploie le zèle du banquier d'affaires auprès de la City où, d'avril à juillet 2016, il se fait le porte parole du "made in France". Tout en jouant du double registre de sa campagne électorale débutante sur le thème du fric-washing. Non, la France n'est pas l'ennemie de la finance !

Du côté de l'apparent, rien ne va plus …

La belle histoire de la filière nucléaire française s'enraye en effet, pour de bon, le 28 décembre 2009. Ce jour là, les Émirats Arabes Unis annoncent que leur choix est fait pour la construction des quatre réacteurs de la centrale de Barakah. Ce sera la solution coréenne, et non le gigantesque et coûteux EPR d'Atomic Anne. Plus de vingt milliards de recettes qui passent à l'as. Furieux, le petit caporal Claude Guéant, chef de cantine de Sarkozy, par ailleurs collectionneur de tableaux de maitres et receleur des primes destinés aux fonctionnaires dociles ! Rien n'y fait.

Un échec commercial ? Sans doute : l'EPR est inutilement coûteux.

Un échec industriel : les conseillers nord américains des Émirs n'ont eu aucun mal à démystifier l'offre Nespresso que leur avait concoctée Atomic Anne, dans un monde qui ne s'en laisse pas compter.

Un échec géopolitique : ignorer à ce point que, depuis 70 ans, coréens et nord américains s'entendent avec toute la péninsule arabique pour construire les infrastructures ultramodernes dont les rois du pétrole rêvent, c'est un faux pas impardonnable pour les administrations Sarkozy et Hollande. Qui ne comprennent toujours rien de ce qui leur est arrivé.

Glissade donc.

Dans les retards et les procès en Finlande.

Dans les dérapages et les mensonges à Flamanville et à Taishan.

Cela ne serait que perte sèche si, au même moment, la performance des 58 réacteurs français ne connaissait les pires dégringolades de son histoire. Dix points d'efficacité en dessous des exploitants mondiaux. C'est à dire l'équivalent de la production de 6 réacteurs manquant à l'appel. Une accumulation invraisemblable de fautes de sûreté.

Invraisemblable ?

Explications : la généralisation du MacDo management et l'excès de sous-traitance en cascade dans l'industrie la plus complexe qui soit, ça finit par user les bonnes volontés. À la corde. On y est.

Que faire ?

Le programme l'Avenir en Commun répond au problème posé.

Le nucléaire ? Il faut en sortir.

Comment ? Tranquillement, par la planification écologique et énergétique.

Adopter un calendrier, le financer. Une fois, pas deux fois comme les administrations Sarkozy, Hollande et maintenant Macron s'y emploient, pour d'obscures raisons. Et s'y tenir.

S'y tenir pour protéger les 58 réacteurs et les 400000 salariés de l'incertitude politique et économique qui pèse.

S'y tenir pour adapter les savoir, les territoires et les économies au nouveau monde de l'énergie.

Un monde dans lequel EDF feint de rentrer.

En marche arrière.

Affichage électoral des cantons de Tôtes et de Bacqueville-en-Caux : une expérience politique

Affichage électoral des cantons de Tôtes et de Bacqueville-en-Caux : une expérience politique

Répondre à l'urgence écologique

Les Insoumis de la dixième circonscription de la Seine Maritime ont collé les affiches électorales des 250 bureaux de vote des cantons. Lundi de Pentecôte. Sauf le canton de Saint Saëns qui sera fait ce mardi 6 juin. Consulter la carte, choisir les routes, rechercher les églises, afin de retrouver les mairies qui ne sont jamais bien loin d'elles. Découvrir à nouveau, et aimer.

Afficher est un plaisir.

Mais c'est aussi un moment politique.

Parceque traverser les paysages, c'est dresser un inventaire succinct des dégâts sur notre environnement. Cette époque de l'année permet de prendre conscience que les cultures intensives envahissent les plateaux, à perte de vue. Comprendre aussi que les traitements chimiques ravagent : aucun coquelicot, aucun bleuet ne vient colorer le blé levé, pas même les rives et les talus. La culture, du coup, semble terne, grise.

La France Insoumise fait des propositions dans son programme politique national l'Avenir enCommun. Les agriculteurs sont les victimes de ce qui se passe. Bon nombre d’entre eux s’endettent, connaissent la précarité et cessent leur métier. Certains sont si dévastés qu’il y a trois fois plus de suicides chez les eux que dans le reste de la population. De nombreux jeunes renoncent à s'installer du fait de la difficulté d’accéder au foncier, du montant des investissements nécessaires, des perspectives incertaines de revenu et de l’absence de soutien public.

Nous assistons à une situation absurde de "paysans sans terres" sur notre territoire, alors que le chômage atteint des records.

Pour une agriculture écologique et paysanne

Trois cents agriculteurs du département de la Seine Maritime se disent prêts à renouer avec une autre façon de travailler.

Soumis au libre échange, spécialisés à outrance, embarqués dans une fuite en avant angoissante par le gigantisme, envahis et menacés par les pesticides, ils espèrent que les conditions de leur reconversion vont se réunir à nouveau. Sinon, ils laisseront tomber la terre, et ils essaieront de se salarier.

La Fédération Nationale des SAFER observe que les grandes sociétés d'exploitation ont doublé leur emprise depuis dix ans, passant de 6% à 12% des surfaces françaises. Les SCEA et les SA spéculent sur la stagnation et sur la baisse des prix, avant qu'une reprise leur permette des bénéfices importants.

Cette situation résulte d'un nouvel équilibre du marché : nombreux, les agriculteurs en difficulté vendent au plus offrant, le revenu agricole est réduit par la hausse du prix des terres louées et des prés loués. Les sociétés qui achètent les surfaces d'exploitation sont détenues par des investisseurs qui ne travaillent pas la terre. Momentanément, elles peuvent aider un nouvel exploitant à s'installer. Mais à moyen et long terme, c'est la recherche de rentabilité immédiate qui guidera leurs choix.

Que ce soit bien clair pour tout le monde : il y a de moins en moins d'agriculteurs !

Et cela saute aux yeux des Insoumis, comme une évidence, au long de leur campagne d'affichage.

Les terres vont à la finance et les agriculteurs deviennent des métayers au service des marchés : faire du plastique avec du maïs, fabriquer du méthane avec un élevage laitier, cultiver des patates pour l'Italie eu du pois chiche pour le Maroc, quel destin !

Et les consommateurs qui ne réagissent pas à cette dérive se mettent eux-mêmes en danger .

Vivre ensemble

Les lotissements éloignés des bourgs dénaturent l'habitat.

Clôtures, haies, voirie, autant de marques de l'oubli des traditions. Les solutions sur étagère des grandes surfaces de bricolage envahissent la place. Et les artisans qui les mettent en oeuvre se disqualifient.

Alors c'est une impression d'ennui qui monte, peu à peu, et se confirme dans le déroulement de la journée. Celle de voir la même chose, triste, partout.

La France Insoumise propose une révision profonde de la politique et de l'organisation territoriale.

Il faut abroger les lois de l'acte 3 de la décentralisation (loi NOTRe et loi MAPTAM). Il faut reconnaître et mettre en application concrète la Constitution française : les citoyens détiennent la liberté d'administrer leurs collectivités territoriales.

Faire politique en pleine "macronite"

Pour les Insoumis, chaque moment de cette campagne est un travail politique.

Afficher, c'est aussi faire politique.

S'approprier la question de l'environnement et celle de la ruralité, ou bien celle de l'agriculture et du circuit court de notre alimentation.

S'imprégner du territoire et préparer le mandat de la candidate Anne Lecoq-Cherblanc.

Un mandat national, engagement pour appliquer une politique nationale, et pour résister à la politique de Monsieur Macron si celui-ci détient les pleins pouvoirs après le 18 juin.

Faire politique en pleine "crise macronite", c'est aussi décoder l'immense vague médiatique qui assaille la France Insoumise. Au point de la placer en position de concurrence avec ses amis des partis de l'écologie et des partis de la vraie gauche ?

Céder à cette manœuvre, ou bien subir le mot d'ordre du vote républicain, c'est faire le choix d'attendre encore cinq ans. C'est le calcul des consultants, des cadres sup' et des managers de LREM. La "société civile" de Macron. Sans ouvrier, sans chômeur, sans agriculteur, c'est plus simple.

Le 11 et le 18 juin, quelle erreur ce serait de concéder cette victoire aux MacDo managers !

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Réunion publique d’Yvetot : les Insoumis face à la réforme du Code du travail

Réunion publique d’Yvetot : les Insoumis face à la réforme du Code du travail

En marche au pas de charge, jusqu'au 20 septembre …

 

Le projet de loi d'habilitation autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances doit être soumis au Conseil d'État dès le 14 juin, puis au Conseil des ministres du 28 juin.

La réforme du Code du travail avancera donc, en catimini, comme le candidat Macron l'avait annoncé.

Le 24 juillet, les parlementaires auront connaissance du projet de loi d'habilitation à gouverner ce sujet par ordonnance. Pour pure forme, puisque les ordonnances elles-mêmes ne seront connues et adressées au Conseil d'État que le 28 août. Elles seront adoptées par le Conseil des ministres du 20 septembre. Une loi de ratification par le parlement interviendra durant la session d'automne.

Le programme du candidat Macron annonce les points clés des ordonnances :

  • En cas d'accord minoritaire de la représentation syndicale, l'employeur pourrait prendre l’initiative d'un référendum sur tous les sujets, sauf ceux qui touchent aux droits fondamentaux et aux normes internationales ;
  • La primauté de la négociation d'entreprise sur le champ conventionnel de branche, déjà entirinée par la loi El Khomri au sujet de la durée du travail, serait étendue à d'autres champs de la négociation sociale ;
  • La Délégation Unique du Personnel, établie par accord social majoritaire pour les entreprises de moins de 300 salariés, l'instance regroupée, établie par la négociation avec les instances existantes pour les entreprises de plus de 300 salariés, deux mesures déjà adoptées par la loi Rebsamen du 17 août 2015, seraient simplifiées dans leurs modalités et généralisées par la loi.
  • La négociation sociale au sein de l’entreprise interviendrait en dérogation aux accords de branche, notamment pour adopter, par accord social négocié, des dispositions moins favorables pour les salariés : c'est l'inversion des normes de droit, qui permettrait aussi à la convention de branche de déroger à la loi et au Code du travail.
  • Le compte personnel de prévention de la pénibilité entré en vigueur le 1er juillet 2016, et qui bénéficie déjà à des centaines de milliers de salariés, dont la mise en oeuvre est jugée inapplicable par les employeurs, serait simplifié par voie législative.
  • Le plafonnement des indemnités attribuées par les juges des prud’hommes en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, déclaré non conforme à la Constitution lorsque le gouvernement Hollande avait tenté de l'inscrire dans la loi Macron de juillet 2015, serait présenté à nouveau dans une forme nouvelle et inconnue.

Mauvais vins, vieilles outres : une réforme inutile, noeud de contradictions, obéissance au dogme

 

Le président des ordonnances est obsédé par cette réforme.

Notamment par le forfait de licenciement, aux antipodes du droit dans tous les pays du monde. C'est dire la considération qu'il a pour le travail des salariés. Et pour les notions aussi anciennes que le droit romain et le droit des luttes sociales : les obligations, la confiance et le contrat, la valeur et l'équité. Nul doute que les associés et les salariés de la banque Rothschild échapperont à toutes ces villennies.

Trente ans de débats, pour trente ans de flexibilité accrue à la demande des employeurs. Car ce sont eux qui font du Code du travail ce qu'il devient : une collection de régimes d'exception, de dérogations, d'amendements.

Trente ans de reculs sociaux donc, sans qu'aucun des effets économiques annoncés n'ait été le moins du monde perceptible.

La productivité ? Notre pays se classe parmi les meilleurs avec un produit intérieur brut de plus de 80000 euros par emploi. Dans une Europe dont la moyenne est à 63800 euros par emploi. Tout le discours sur l'offre et la compétitivité tombe à l'eau. Pure idéologie.

L'emploi ? Macron lorgne en direction de la solution allemande qui favorise l'emploi interne des entreprises pérennes. Au détriment de l'emploi précaire d'adaptation. Grossière tactique destinée à effondrer les statistiques du chômage, plongeant des pans entiers outre Rhin dans la précarité.

La négociation sociale décentralisée ? La solution allemande suppose un dialogue social par la co-détermination et le partage, entre les employeurs, les actionnaires et les salariés. Précisément la voie décentralisée que Macron refuse. Il lui préfère l'administration jacobine et centrale sur tous les sujets : la formation professionnelle, l'assurance sociale et les retraites.

Trop de contradictions pèsent dans ce projet : c'est l'arbitraire du dogme qui l'anime. Un dogme qui mène les salariés à la concurrence par les coûts, et les entreprises au dumping social.

Une double assurance : la valeur ajoutée des produits français en pâtira, la demande intérieure aussi.

Le travail est une oeuvre concrète, une liberté fondamentale de chaque personne

 

Les droits fondamentaux de l'environnement, de la santé et des biens communs cèdent le pas au seuil de l'OMC et des tribunaux d'abitrage. Aussi, Prendre la responsabilité au sérieux revient à établir des nouveaux pouvoirs de justice contre l'hégémonie du droit d'entreprendre.

Alain Supiot mène, depuis le Collège de France, un combat international contre la domination des marchés et des règles du commerce mondial. Il conduit aussi une réflexion politique sur le travail et le droit du travail.

La montée du chômage semble conduire à regarder le travail comme un bien rare et à envisager son partage. Ou bien son découpage et son contrôle économique dans des qualités et des sous qualités qui arrangent ceux qui possèdent sans travailler.

Mais alors, comment ranger le travail concret dans cette catégorie de bien rare ? Un travail qui s'exprime par des oeuvres qui sont produites par la personne du travailleur ?

Le travail n'est donc pas réductible à une quantité de temps et d'argent, il a la nature juridique d'une liberté fondamentale de la personne.

Le travail des Insoumis entre Caux et Bray

 

Anne Lecoq-Cherblanc et les Insoumis des groupes d'appui de la dixième circonscription réunis à Yvetot le 1er juin débattent avec l'avocate des salariés et des syndicats venue à leur rencontre.

La colère domine. Le Code du travail appartient aux salariés : tout comme le Code monétaire et financier appartient aux investisseurs et aux banques.

Formulation évidente et révolutionnaire dont il faut prendre toute la force.

Le travail public des Insoumis fait de ce principe un préalable à toute discussion sur la loi. La question est bien celle-ci : "qui peut se donner le droit de toucher à ces textes, sinon les salariés eux-mêmes ?"

Quel est le sens alors du gouvernement par ordonnance, du débat parlementaire même, dans la logique de représentativité de la cinquième République, sur un sujet tel que celui-ci ?

Le programme l'Avenir en Commun de la France Insoumise ne fait pas l'impasse de ces questions préalables : c'est d'abord dans l'Assemblée Constituante que le droit du travail va se fonder à nouveau dans le contexte de la mondialisation, avant que l'emploi pour tous complète le dispositif.

Les garanties et les priorités de l'urgence écologique et sociale inscrivent la nouvelle règle de la Constitution dans le concret et dans l'immédiat.

Sidérés par la violence et par l'ineptie du projet du président, les Insoumis débattent des sujets associés aux luttes qui les attendent : la prise en compte des émigrés, la place des femmes, la fonction de l'élu, l'organisation dans la circonscription, et les violences policières.

Forts du travail collectif effecté, ils se séparent au commencement de la nuit.

En grande vigilance.

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